Corée

Le train de la réconciliation

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Le président sud-coréen Kim Dae-jung a lancé hier, en grande pompe, le projet de reconstruction de la ligne ferroviaire entre le nord et le sud de la péninsule. Un signal très fort de rapprochement entre Séoul et Pyongyang, même si la Corée du Nord n’a, de son côté, rien organisé. Pendant que la fête battait son plein, la Bourse de Séoul, elle, plongeait. Ravivant le spectre d’une crise financière.

Imjinkak, près de la frontière coupant la péninsule coréenne en deux, est dans l’une des zones les plus militarisées de la planète. Une locomotive est immobilisée là depuis cinquante ans. Stoppée net en 1950 dans son voyage vers le nord de la Corée par l’offensive de la Corée communiste contre la Corée du Sud. Cette relique de la partition coréenne était hier au centre de cérémonies officielles fastueuses. Le président sud-coréen Kim Dae-jung, en effet, lançait un projet symbolisant à merveille le rapprochement entre le Nord et le Sud : la reconstruction de la voie de chemin de fer et de la route adjacente, entre les deux pays.

Ce projet, rappelle aujourd’hui le « Washington Post », avait été programmé lors du sommet historique entre les deux leaders coréens à la mi-juin dernier. Selon un expert cité par le quotidien américain, l’intérêt pour ces travaux est réciproque. « La Corée du Sud a besoin d’une route de connexion vers le continent ; la Corée du Nord a besoin d’une route maritime avancée vers l’Asie du Sud-Est et les Etats-Unis. C’est une opportunité pour les deux Corées de jouer un rôle central en Asie du Nord-Est. »

Mais, selon le quotidien américain, ce projet relève de « l’acte de foi ». Les questions sont nombreuses. L’infrastructure nord-coréenne est en piteux état : qui va payer les réparations ? Quand cette zone, une des plus minées du monde, sera-t-elle assainie ? Dans quelle mesure Pyongyang jouera-t-il le jeu ? « La Corée du Nord, qui garde la bride serrée sur ses citoyens, ne devrait pas autoriser une rapide reprise du service voyageurs », prévoit le quotidien. Mauvais signe relevé aujourd’hui par les quotidiens sud-coréens « The Dong » et « Chosun » : aucune cérémonie n’a été organisée simultanément de l’autre côté de la frontière...

Et, pendant qu’on faisait la fête à la frontière, les marchés financiers de Séoul faisaient grise mine. D’après « The Donga », la « splendeur » des cérémonies de Imjinkak « contrastait hier nettement avec le soupir de lamentation collectif à propos du cours des actions en train de piquer du nez à la Bourse de Corée ». Causes directes de cette chute : la hausse du prix du pétrole, et le retrait vendredi de l’offre du constructeur automobile Ford sur Daewoo. Ce retrait, selon l’« International Herald Tribune » d’aujourd’hui, « jette un voile sur les efforts de la Corée du Sud pour restructurer ses entreprises surendettées ». Mais pour « The Donga », la situation traduit aussi les difficultés sociales du pays et le mécontentement populaire contre la politique du gouvernement. Le quotidien coréen va jusqu’à agiter le sceptre d’une « autre » crise de change. Allusion à la précédente crise financière mondiale qui avait secoué Séoul il y a trois ans.



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