Avec une pointe de regret, Jean-Pierre Duport, président de Réseau ferré de France (RFF), avoue : "J’avais espéré faire correspondre l’inauguration de la ligne à grande vitesse est-européenne, en juillet 2007, avec ma fin de carrière dans l’administration". Son voeu ne sera pas exaucé. Le conseil des ministres du mercredi 21 septembre a en effet "mis fin" à son mandat et le nomme conseiller d’Etat en service extraordinaire.
Deuxième président de RFF, M. Duport avait pris la succession de Claude Martinand et dirigeait, depuis juillet 2002, cet organisme public en charge des infrastructures ferroviaires.
Il sera remplacé, à la tête de RFF, par Michel Boyon, qui a été directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin à Matignon d’octobre 2003 à juin de cette année. Ancien PDG de Radio France (1995-1998), M. Boyon était sans poste depuis le départ du premier ministre. Il ambitionnait la vice-présidence du Conseil d’Etat.
La fin du mandat de M. Duport survient moins de quarante-huit heures après la publication de l’Audit sur l’état du réseau ferré national français (Le Mo nde du 21 septembre). Une étude dont la publication aura été fort mouvementée. Ses grandes lignes ayant été dévoilées indirectement par les services du ministère des transports avant même que la SNCF et RFF n’en assurent eux-mêmes la diffusion. Une publication qui ne pouvait que mettre en difficulté la direction des deux entreprises publiques, et ce alors que le gouvernement veut reprendre la main sur le dossier ferroviaire.
Mardi, Michel Sapin, président (PS) de la région Centre et de l’association Avenir Rail, a déclaré que cette étude montrait que "les infrastructures ferroviaires françaises se sont dégradées, ce qui entraîne une détérioration importante de la qualité de service, du fait notamment des réductions de vitesse de circulation des trains". M. Sapin a appelé à un large débat parlementaire sur la question.
"Tout lien entre mon départ et la publication de ce rapport me semble fortuit", a dit au Monde M. Duport. Cet ancien délégué à la Datar, qui fut directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement de 1997 à 1998, avait été nommé préfet d’Ile-de-France en 1998. En 2002, la droite l’avait écarté de ce poste très sensible et l’avait placé à la tête de RFF où il a remplacé M. Martinand, de sensibilité communiste. M. Duport ne veut voir dans ces mouvements que "les aléas des fonctions de la haute administration soumises aux décisions gouvernementales ".
Revenant sur l’audit, M. Duport affirme qu’il partage nombre des observations de ses auteurs, dont la nécessaire politique de renouvellement des infrastructures. Il rejoint également leurs réflexions sur la pertinence ou non du maintien d’un réseau aussi étendu, dont 46 % ne sont utilisés que pour assurer un faible trafic tant passagers que fret. "Un débat qu’il faudra un jour aborder de façon calme et réfléchi avec les collectivités locales et les régions", explique-t-il. Enfin, il approuve les experts sur l’indispensable effort de productivité. "J’ai découvert à ce poste, qui n’a pas été le plus simple de toute ma carrière, des agents très attachés à la notion du service public", dit M. Duport, à l’heure de son départ.
Il aura fait de RFF "un bel outil", selon ses termes, fort aujourd’hui de 659 personnes. En 2004, pour la première fois depuis sa création, en 1997, RFF a amélioré son résultat d’exploitation et dégagé une capacité d’autofinancement. Depuis le Comité interministériel d’aménagement et du développement du territoire (CIADT) du 18 décembre 2003, RFF, en tant que maître d’ouvrage, ne cesse de renforcer son activité : 75 % des projets du CIADT concernent les liaisons ferroviaires.
Sous la présidence de M. Duport, outre la ligne à grande vitesse est-européenne dont "les délais sont respectés", RFF aura conduit de grands chantiers dont celui sur le partage du patrimoine avec la SNCF, dont il annonce l’épilogue pour la fin de l’année.