Ce pourrait être un remake de la bataille du rail. L’enjeu cette fois : la défense des trois lignes de trains interrégionaux (TIR) menacées, et au-delà de l’ensemble du service public. Hier matin, 11 heures, devant le siège de la SNCF, à deux pas de la gare Montparnasse, ils étaient donc plus de 1 500 cheminots de la CGT, FO, SUD rail, l’UNSA et la CFDT, venus de toute la France rappeler au conseil d’administration de leur entreprise que « la rentabilité financière » ne pouvait remplacer une « réponse aux besoins de transport du public ». Face à la vision étroite de leurs dirigeants, les manifestants avaient en effet à coeur de rappeler le rôle crucial du réseau ferré. « Ils veulent supprimer le relais entre les personnes », lance ainsi Yvette, militante CGT d’Argentan (Orne). « C’est la mort de tous les départements que traversent ces lignes », surenchérit Pierrot. Car c’est aussi l’enjeu de l’aménagement du territoire qui est posé, ou plutôt du « déménagement du territoire », selon Marc, de la CGT Bordeaux : une « fausse délocalisation » voulue par le gouvernement, visant à concentrer la population sur quelques métropoles. Une chose est sûre : le déficit des lignes transversales est « artificiel », fruit d’un sous-investissement chronique, mais aussi d’un système de réservation biaisé qui oblige bien souvent à passer par Paris. À l’instar de Patrice de SUD rail, tous les syndicats s’accordent à dénoncer l’État qui se défausse sur les régions et la SNCF quand lui seul peut garantir le service public. Alain, militant à l’UNSA en Corrèze, déclare même être là pour « appuyer Louis Gallois contre l’État ». Les représentants syndicaux ont finalement été reçus par les dirigeants de la SNCF, à qui ils ont remis 72 000 signatures contre le démantèlement des TIR. Leur recueil a d’ailleurs permis à certains de percevoir un espoir dans cette bataille : un changement d’attitude de la part des usagers, qui se montrent désormais préoccupés par la casse du service public. Peut-être l’influence positive du 29 mai, comme le suggère Éric. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne veulent pas être privés de desserte.