Bruxelles

Mises en garde des entreprises

Classement géographique :

Une table ronde à huis clos organisée par le courtier immobilier CBRE a confirmé l’influence des déplacements sur leur (dé)localisation.

Ambiance conviviale, en fin de journée mardi, chez le courtier immobilier CB Richard Ellis. Soucieux d’agir en entreprise citoyenne, dixit son managing director Gaetan Clermont, CBRE avait invité des intervenants de marque à débattre de l’impact de la mobilité sur le marché immobilier bruxellois. Constructif, l’échange n’a pas évité certains lieux communs mais a livré des enseignements intéressants.

1. Pourquoi ces 320 000 navetteurs pour 630 000 emplois et comment reduire la congestion automobile ? Le ministre régional de la Mobilité, Pascal Smet (SP.A), a rappelé quelques évidences : la capitale draine des travailleurs de tout le pays ; beaucoup de jeunes Bruxellois ne sont pas qualifiés ; bien des gens choisissent de ne pas habiter en ville ; beaucoup ont une voiture de société... Et les solutions ? Mettre plus de Bruxellois au travail ; accroître la qualité de vie ; avantager fiscalement qui vit dans la ville où il travaille ; améliorer le transport public ; centraliser la gestion du stationnement... Pour Benoît Cerexhe (CDH), le ministre régional de l’Economie et de l’Emploi, « il faut plus d’emplois à Bruxelles pour les Bruxellois » et la Région fait donc des efforts de formation. M. Smet nuance, cela dit, en expliquant que la hausse de la pression automobile est surtout due aux Bruxellois, qui possèdent plus de voitures et les utilisent inutilement.

2. Le RER videra-t-il Bruxelles de ses entreprises ? Jannie Haek, administrateur délégué de la SNCB, répond en boutade : « dans l’Antiquité, tous les chemins menaient à Rome et Rome ne s’est pas vidé ». Plus sérieux, il note que les exemples étrangers prouvent que l’exode des habitants et des entreprises est temporaire : si la qualité de vie croît, ils reviennent.

Alain Flausch, directeur général de la Stib, souligne que « la solution n’est pas dans les grandes villes étendues » car desservir les banlieues éloignées peu peuplées en transport public est hors de prix. Pour lui, le développement actuel n’est guère favorable : « nous courrons derrière des solutions tant que nous ne referons pas des villes compactes ». Il précise que des études étrangères montrent que la solution passe par un tel urbanisme, ainsi que des transports publics performants et pas trop chers.

M. Cerexhe déplore, cela dit, qu’il soit tant question de délocalisation, alors que la balance globale de création d’emplois est positive à Bruxelles. Et il plaide pour que le RER ne profite pas qu’aux navetteurs, mais soit un outil au service des Bruxellois : il doit améliorer la mobilité intra-urbaine et ses gares devenir des pôles de développement.

3. La mobilité influe-t-elle sur la localisation des entreprises et institutions européennes ? Nicolas Orts, lui aussi managing director de CBRE, le confirme avec deux graphiques. Un : le taux de vacance des bureaux, dans des quartiers voisins offrant un parc tertiaire similaire, est plus élevé dans les zones mal desservies en transport public. Deux : les investisseurs restent attachés à l’accessibilité en voiture mais ils attendent des efforts des transports en commun. Ces chiffres retiennent toute l’attention des ministres présents. Surtout quand M. Orts avertit que si la Région ne réfléchit pas à la fiscalité, la formation, la qualité de vie, les entreprises quitteront la ville lorsque l’offre de mobilité pour y accéder s’améliorera. M. Flausch répond en déplorant qu’« il n’y a jamais eu une tradition de planification à long terme ». Notamment sur la Ceinture Est évoquée ici, où les bureaux ont été autorisés sans réflexion sur la mobilité. Mais il explique que la volonté existe de l’améliorer, avec « des trams de grande capacité circulant en sites propres et maillés avec le métro ».

Piet Verleysen, directeur de l’OIB de l’Union européenne (Office for infrastructures and logistics), annonce clairement, lui, que les implantations d’institutions européennes se feront sur des axes de transport public. Il admet, à la surprise des participants, que le plan de mobilité desdites institutions ne vise que les trajets professionnels et pas domicile-travail. Mais M. Smet précise que des discussions sont en cours. Rony Baert, directeur juridique chez Partena, appelle, lui, à une réflexion plus poussée sur le télétravail et la flexibilité des horaires, qui réduiraient les encombrements routiers.

4. Faut-il rééquilibrer le marché tertiaire ? M. Orts constate que l’essentiel des emplois, bureaux et bouchons sont à l’est de la ville. Il prône un rééquilibrage à l’ouest. M. Cerexhe rappelle les projets de redéploiement (Tour et Taxis...) mais à ce stade, n’est pas prêt à accroître la surface tertiaire admise gare de l’Ouest. Dont M. Flausch se réjouit que là, « pour une fois, on planifie à l’avance, en surdimensionnant l’infrastructure des transports publics par rapport aux besoins actuels afin de favoriser l’arrivée d’entreprises ».

5. La limitation des places de parking dans les immeubles est-elle efficace ? M. Smet dit ne l’avoir pas bien comprise et juge qu’il faut plutôt ouvrir ces parkings pour les riverains et clients des cinémas et restaurants le week-end et en soirée. M. Cerexhe annonce de possibles incitants pour les entreprises à cet effet. M. Verleysen répond qu’il aurait fallu planifier : l’Europe a 10 000 places, mais les accès sont dans les halls d’immeubles. M. Cerexhe indique, en tout cas, que la circulaire réduisant le quota des parkings sera revue. Objectif : ne plus le moduler uniquement selon la proximité des gares, mais aussi selon les besoins des occupants. Cela suscite l’inquiétude chez CBRE car cela influerait sur la valeur des immeubles. Et M. Orts explique les effets pervers de la circulaire actuelle : délocalisation d’entreprises en périphérie, où le nombre de parkings admis est plus élevé ; et rénovation plutôt que reconstruction d’immeubles obsolètes pour garder le quota de parkings.

6. L’amélioration de l’offre ferroviaire vers Anvers et Zaventem favorise-t-elle Bruxelles ? Certains craignent qu’elle dope les délocalisations sur Anvers et Malines. M. Haek assure, lui, que sans le « diabolo » en chantier, le pôle de développement s’éloignerait davantage de Bruxelles. M. Orts opine et ajoute qu’en mettant l’aéroport à 10 minutes de Schuman, au lieu de 30, le tunnel Schuman-Josaphat sera un atout pour Bruxelles et bouleversera le marché des quartiers traversés. Il juge, en guise de conclusion, que les investissements en cours comblent le retard de la capitale en matière de transport public d’une façon qui constitue « une performance dans le contexte belge ».



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