Comme spécialiste de la mobilité à Bruxelles, que vous inspire le débat tenu chez CB Richard Ellis |1| ?
Il est intéressant que le débat sur la localisation des bureaux au regard de la mobilité soit posé. Dommage qu’il n’ait pas été anticipé il y a 30 ans, avant des implantations imposées par le milieu économique au politique. Il y a eu un coup de barre il y a une douzaine d’années avec le Plan régional de développement qui a prévu les pôles de bureaux près des gares. C’était un peu révolutionnaire. Mais il y a encore eu des extensions tertiaires décentrées. Des erreurs qui auraient pu être évitées. Se demander si ce caractère décentré est pénalisant pour l’accessibilité est une excellente question. Ça ne me dérange pas si les zones tertiaires hors de Bruxelles ont des difficultés : ce n’est pas le problème des Bruxellois. Et à Bruxelles, il faut décider si ces zones s’étendent et si le transport public y est amené ou, plutôt, si les activités tertiaires se concentrent près des noeuds de transport public : Delta, Midi, Gare de l’Ouest, Tour et Taxis, Josaphat. En finalisant d’abord ce qui est en cours, dont le Midi.
Craignez-vous que l’amélioration de l’accessibilité de Bruxelles (ligne vers Zaventem, RER...) suscite exode et délocalisations ?
C’est un risque. Nous avons toujours demandé des mesures d’accompagnement identiques pour le RER dans les trois Régions. S’il n’y a réduction du stationnement qu’à Bruxelles, cela favorisera les délocalisations. Il faut maximaliser les avantages du RER pour Bruxelles. En profiter pour améliorer l’espace public, par exemple. Il y a déjà de gros progrès au centre, mais il y a encore du travail : sur les boulevards militaires par exemple. Dans certains cas, ça passe sans doute par le piétonnier, ça passe sûrement par la zone 30, ça passe par des lieux de convivialité. Il y a de bons et de mauvais exemples de réaménagement.
Lesquels ?
A Schaerbeek, la place Liedts est un échec retentissant et la place Lehon un réel succès.
Vous prônez le péage urbain ?
Le CDH a toujours plutôt défendu le parking payant dans l’espace public et la coordination de la gestion des parkings payants en sous-sol. C’est une autre façon de faire payer l’utilisation de la voiture en ville. Ça passera par l’Agence régionale de stationnement, notamment.
Qu’est-ce qui vous satisfait en matière de mobilité ?
La Stib continue à gagner des clients. Du matériel est enfin acheté : sous la précédente législature, nous reprochions au gouvernement d’étendre le métro sans acheter les rames pour l’exploiter. Ça coûte cher et ça pose des problèmes de financement, mais il faut le faire. Il y a aussi le nouveau plan tram-bus : la réorganisation d’un réseau qui n’a guère évolué depuis 1968 est nécessaire pour l’adapter à l’évolution de la morphologie urbaine. Il y a aussi le consensus sur l’utilité des sites propres.
Qu’est-ce qui ne vous satisfait pas ?
Il faut augmenter la vitesse commerciale : la Stib s’est enfin mise à faire respecter ses sites propres. Je propose la mise en place de brigades spécialisées pour accroître la vitesse commerciale. Il y a eu beaucoup de travaux d’infrastructures, mais il faut plus d’implication humaine pour combattre les doubles files sur les rails de tram, pour faire respecter les sites propres... Avec une solution mixte associant police et agents de la Stib, en définissant bien qui couvre quelles infractions. Autre enjeu : nous sommes à la veille de la renégociation du contrat de gestion de la Stib. Le précédent était très ambitieux, mais tout n’a pas été fait : efforts pour les personnes à mobilité réduite, contrats d’axe... Le prochain devrait être plus simple mais plus précis sur les objectifs. Il y aura notamment un débat sur le fait qu’il faut augmenter le nombre de passagers plutôt que les recettes. Il y a parfois eu une vision trop commercialisante.
Vous voulez toujours la gratuité ?
Oui, pour des raisons environnementales. Ce débat doit être poursuivi en cherchant d’autres financements, avec une intervention du fédéral, comme pour ses agents qui utilisent le train. Enfin, nous attendons que le gouvernement régional définisse clairement la desserte RER dans la ville : quelles gares, quelles fréquences, quels parkings, quelle interconnexion avec la Stib... Nous ne pouvons nous limiter à une logique de grandes gares : un maximum de navetteurs doivent arriver en train à leur travail. Ces choix sont utiles pour définir le développement urbanistique. Optimisons l’usage du potentiel des 28 gares existantes : Mérode, Simonis... Certains veulent le métro vers Uccle, mais il existe : la ligne 26 de la SNCB, totalement sous-utilisée.