Violences et journée "vallée morte" dans le Val di Susa contre le Lyon-Turin

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ROME CORRESPONDANT

Le projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin avance à la vitesse d’un tortillard. Pour respecter les délais de mise en service de la ligne, aux alentours de 2020, le ministre français des transports, Dominique Perben, et son homologue italien, Pietro Lunardi, ont signé, lundi 14 novembre à Sedrun (Suisse), une lettre commune demandant à la conférence intergouvernementale chargée du projet d’accélérer les travaux préparatoires au gigantesque chantier. "Nous entrons dans le déroulé de l’opération, 500 millions d’euros ont déjà été engagés", a expliqué M. Perben en marge d’une réunion des ministres des transports européens. Côté italien pourtant, le Turin-Lyon fait du surplace, bloqué par une protestation de plus en plus déterminée dans le Val di Susa, la vallée des Alpes italiennes où doit déboucher le futur tunnel de 53 kilomètres.

Une grève générale est organisée, mercredi 16 novembre, sur ce petit territoire, déjà traumatisé par l’existence d’une voie ferrée et d’une autoroute à gros trafic. Lors de cette opération "vallée morte", les transports régionaux et les services publics seront paralysés pendant huit heures. Quelque 50 000 manifestants sont attendus dans une atmosphère tendue.

Les premiers sondages géologiques ont été réalisés, lundi 14 novembre, mais les opposants au train à grande vitesse n’ont pas l’intention de désarmer. Ces carottages, initialement prévus le 31 octobre, avaient été empêchés par une manifestation. Des heurts avec les forces de l’ordre ont fait une dizaine de blessés. Depuis, les rassemblements et les actions spectaculaires ont été presque quotidiens. Le 4 novembre, quatre techniciens surpris en train de faire des mesures sur le terrain ont été "encerclés" pendant plusieurs heures par un demi-millier de manifestants.

Opposition des élus locaux

Le caractère radical de certains groupes "No TAV" (Non au TGV) inquiète les autorités à quelques mois des Jeux olympiques d’hiver, qui se tiendront dans la région du 10 au 26 février. Le 3 novembre, dans le village de Bussoleno, sont apparus des tracts signés de l’étoile à cinq branches des Brigades rouges annonçant le recours à la lutte armée contre le projet. Le lendemain, un engin explosif — désactivé — a été ostensiblement placé au bord d’une route nationale. Ultime intimidation en date, la présidente de la région du Piémont, Mercedes Bresso (centre gauche), a trouvé trois balles de calibre 38 dans la boîte aux lettres de sa maison, près de Turin. Déjà, dans les années 1996-1998, une quinzaine de petits attentats contre des engins de chantier ou des équipements publics avaient été attribués à des opposants à la future ligne.

Mais l’essentiel de l’opposition anti-TAV est constitué par la population de la vallée, sous la conduite de la quasi-totalité des maires et des élus locaux, toutes couleurs politiques confondues. Pour le représentant de la Ligue du Nord, parti populiste régional appartenant à la majorité au pouvoir, "l’ouvrage est absolument nécessaire au développement de la région, mais les problèmes soulevés par les gens de la vallée sont réels". Les interrogations sont de nature environnementale (destruction des paysages, présence d’amiante, conséquences sur les nappes phréatiques, etc.). Le mouvement embarrasse la gauche, favorable à cet équipement dans une perspective de désenclavement de l’Italie, mais qui ne peut rester sourde aux arguments des écologistes.

"Pour l’instant, je dirais stop à la grande vitesse dans le Val si Susa, voyons d’abord si le projet est compatible avec la situation environnementale et géologique de la vallée ; à première vue, il me semble que non", a affirmé, lundi 14 novembre, dans un entretien au quotidien Corriere della Sera, le professeur Enzo Boschi, président de l’Institut national de géophysique et de volcanologie, spécialiste de sismologie à l’université de Bologne. Pour le scientifique, il faut prendre du temps "pour une évaluation des risques-bénéfices plus approfondie". Or le temps manque : les fonds européens pour le tunnel ne seront débloqués que si le creusement commence avant 2009.



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