ROME CORRESPONDANT
Ce n’est pas un armistice, à peine une trêve. L’accord conclu, samedi 10 décembre à Rome, entre le gouvernement Berlusconi, les dirigeants du Piémont et les opposants à la ligne ferroviaire à grand gabarit Lyon-Turin, pour ramener le calme dans le Val di Susa, est fragile. Cette petite vallée alpine, à une soixantaine de kilomètres de Turin, est le théâtre, depuis plusieurs semaines, de manifestations et d’affrontements violents avec les forces de l’ordre.
Les maires des 45 communes du territoire, soutenus par la majorité des 70 000 habitants, quelques partis de la gauche radicale et des groupuscules d’extrême gauche, s’opposent au tracé de la future ligne. Ils s’inquiètent des dommages pour l’environnement et la santé que pourrait créer le percement du tunnel de 53 km prévu, en raison de la présence d’uranium et d’amiante.
Une "médiation d’urgence" avait été convoquée, samedi, par le gouvernement après une semaine de forte tension, au cours de laquelle les heurts ont fait une trentaine de blessés. Policiers et manifestants se disputent la maîtrise du chantier où doivent commencer les travaux préliminaires, sur la commune de Venaus. Le 8 décembre, 30 000 manifestants ont repris de force possession des lieux d’où ils avaient été chassés manu militari, quarante-huit heures plus tôt.
A l’issue de la table ronde présidée par le vice-président du conseil, Gianfranco Fini, les parties se sont accordées sur "le lancement d’une procédure extraordinaire d’évaluation d’impact environnemental sur la galerie de prospection de Venaus". Les travaux ne commenceront qu’après cette évaluation, soit pas avant mai 2006. "Cet accord permet d’apaiser les esprits", s’est réjoui le ministre de l’intérieur, Giuseppe Pisanu, très critiqué pour avoir ordonné l’assaut nocturne du chantier occupé par les opposants.
"Nous sommes loin d’un accord, mais la nouveauté, c’est qu’un dialogue s’est instauré", a déclaré le président de la communauté des communes de montagnes du Val di Susa, Antonio Ferrentino. Consultés dimanche sur les résultats de la table ronde, les maires de la vallée rebelle sont toutefois apparus divisés, notamment sur la décision d’annuler la manifestation prévue le 17 décembre, à Turin. Certains d’entre eux, ainsi que les écologistes, regrettent que le document final de la table ronde n’ait pas ouvert la possibilité d’étudier des solutions alternatives à la liaison ferroviaire.
"La liaison doit se faire, même s’il faut dialoguer sur les impacts en matière de santé et d’environnement", a commenté M. Fini, après la réunion de travail. Le temps presse cependant pour lancer les travaux préparatoires. Le percement du tunnel doit avoir débuté en 2009, sinon le projet risque de perdre les financements européens, soit 2 milliards d’euros.
"C’est une crise très grave, car cet équipement risque de reculer sur la liste d’attente des projets européens", a expliqué, jeudi 8 décembre à Lyon, le vice-président de la région Rhône-Alpes chargé des transports, Bernard Soulage. Il devrait se rendre en Piémont dans les prochains jours avec un élu régional Verts, pour une mission de médiation. Les deux hommes doivent rencontrer les élus et les militants du Val di Susa "pour mieux comprendre leurs inquiétudes et, à la lumière de l’expérience française, y apporter des éléments de réponse".
Une nouvelle table ronde est prévue avant Noël au siège du gouvernement, à Rome. D’ici là, le calme devrait régner dans le Val di Susa. La justice a mis sous séquestre, dimanche 11 décembre, le chantier de Venaus, le temps d’enquêter sur les dégâts causés aux installations par les affrontements.