Cette fois, la grande pagaille attendue n’a pas eu lieu. Pas d’images apocalyptiques de quais bondés, de hordes d’usagers furieux martelant leur ras-le-bol devant les caméras du 20-heures... Ceux qui prévoyaient deux mardis noirs à l’occasion des grandes journées de manifestations anti-CPE se sont trompés. Le 4 avril dernier, trains et métros ont circulé presque normalement. La « conflictualité » s’émousserait-elle ? « Depuis mai 2003, nous n’avons plus eu de grandes grèves nationales », souligne-t-on à la RATP. La SNCF elle-même semble avoir renoncé à être en première ligne des grands conflits sociaux... Certes le CPE ne touchait pas directement les agents de ces entreprises. Mais il y a aussi la mise en place du « service garanti ». A Paris, le CPE aura été le deuxième test grandeur nature de la valeur de ce contrat passé avec deux Régions, l’Ile-de-France et l’Alsace. La SNCF et la RATP se sont en effet engagées auprès d’elles à assurer 50% des rames de métro et 50% des trains de banlieue en heure de pointe (33% dans la journée). Si elles ne s’y tiennent pas, elles paient des amendes pouvant atteindre 930 000 euros pour la RATP et 291 000 euros pour la SNCF. Résultat : malgré quelque 28% de grévistes le 28 mars et 18,3% le 4 avril - ce qui aurait largement suffi à saturer les quais quelques années aupara-vant -, l’entreprise ferroviaire a limité le désordre. Elle informe ses clients avec des doubles pages dans les journaux et les prévisions de trafic ligne par ligne. « Aujourd’hui, c’est cela la véritable révolution », affirme un responsable de l’entreprise ferroviaire.
Avertis, les usagers s’organisent ou restent chez eux, quitte à déposer des RTT dans leur entreprise. Et puis à la SNCF, l’état d’esprit n’est plus tout à fait le même. « Avant, lorsqu’on demandait aux chefs d’établissement leurs prévisions de trafic, ils privilégiaient toujours l’hypothèse la plus pessimiste pour éviter de se faire taper sur les doigts si le train promis n’était finalement pas assuré », explique Guillaume Pepy, numéro deux de la SNCF.D’où l’impression de nombreux cheminots que la direction adoptait la logique du pire et ne faisait aucun effort pour assurer au moins partiellement le trafic en cas de conflit. « Désormais, je fais tout pour favoriser la prise de risques, explique Guillaume Pepy. Il faut qu’ils prennent l’option optimiste, et tant pis s’ils se trompent. C’est un état d’esprit, une culture dans l’entreprise qui est en train de changer. » Certes, ce n’est pas la panacée universelle : « Touchez aux conditions de travail des conducteurs ou des contrôleurs, et plus un train ne roule », soupire un cadre de l’entreprise. N’empêche. Alors qu’une grève nationale coûte traditionnellement 15 millions d’euros par jour à la SNCF, l’addition CPE s’élèvera à 20 millions d’euros pour les deux grandes journées de conflit. Dont la moitié pour le fret.