
La SNCF, avec un engagement de 130 millions d’euros pour la rénovation du matériel roulant, des offres tarifaires attractives, espère redonner un nouvel essor aux lignes interrégionales qui sillonnent la France de Quimper à Bordeaux, de Paris à Nevers ou de Nantes à Lyon.
« Finies les histoires de l’été 2005 avec les TIR, bonjour les Corail Intercités » lance comme un défi, jeudi 11 mai, Guillaume Pepy, directeur général exécutif de la SNCF. Durant l’été 2005, les lignes interrégionales avaient provoqué des conflits entre les régions, l’Etat et la SNCF. L’entreprise, sans renier leur intérêt, souhaitait partager le déficit de ces liaisons entre les trois partenaires (Le Monde du 5 octobre 2005).
Sept mois après, la SNCF, prenant acte de l’échec de son contrat de service public, dont elle affirme qu’« elle ne veut pas le rouvrir aujourd’hui mais qu’il reste en l’état »", se lance seule dans la relance de ces lignes.
Ses 25 lignes enregistrent en 2005 un chiffre d’affaire de 402 millions d’euros mais un résultat net négatif de 100 millions d’euros. Ces lignes sont structurellement déficitaires du fait de leur faible taux d’occupation, de l’ordre de 36 %, avec de grandes disparités : 100 % d’occupation sur la ligne Paris-Amiens, mais seulement 20 % sur la ligne Quimper-Bordeaux. Pour une ligne TGV, la moyenne est de 71 %.
Pour inverser cette tendance, l’entreprise va rénover 35 % de son parc de matériel roulant pour un montant de 130 millions d’euros. "Sans l’apport financier des régions ni celui de l’Etat", souligne la SNCF. A ce nouveau matériel, qui comprendra des innovations tels l’installation de prises de courant en première et seconde classe, des espaces pour les vélos ou des facilités d’accès pour les handicapés, les lignes de Corail Intercités vont bénéficier de conditions tarifaires particulières.
Sur ces lignes dont la distance moyenne est de l’ordre de 160 km, il s’agit de proposer des prix Prem’s de 15 ou 20 euros sur 22 nouvelles destinations (comme Toulouse-La Rochelle, Tours-Lyon) et même de 10 euros sur dix nouvelles destinations (Paris-Reims ou Paris-Rouen).
Avec une campagne de publicité tournée vers les jeunes et les actifs qui représentent une grande partie de la clientèle de ces lignes, la SNCF espère d’ici à 2009 augmenter de 12 % le nombre de ces voyageurs qui sont en 2005 près de 24 millions. L’objectif de l’équilibre financier ne paraît guère réaliste, il s’agit de ramener le déficit de 100 millions à 50 millions à l’horizon 2009.
Pour l’Association des régions de France (ARF), qui n’a pas été associée à l’élaboration de ce plan, si la suppression de l’appellation TIR est une bonne chose, le maintien de ces lignes qui restent du ressort de l’Etat n’est toujours pas réglé.
En outre, « il faut espérer que la politique commerciale de la SNCF ne va pas se réaliser au détriment du principe du service public ou encore de l’aménagement du territoire », souligne Martin Malvy (PS), président de la région Midi-Pyrénées et membre au sein de l’ARF des questions de transports.
Déjà une inquiétude se manifeste devant la fermeture de plusieurs arrêts sur certaines lignes comme celle qui rejoint Tarbes à Toulouse. Pour des raisons commerciales, la SNCF estime que ces liaisons sur lesquelles les trains circulent à une vitesse moyenne de 160 km/h ne doivent pas être supérieures à 1 h 30.
Au moment où la moitié des régions métropolitaines vont négocier pour la période 2007-2012 le renouvellement des conventions ferroviaires issues de la décentralisation de 2002, l’enjeu de ces lignes interrégionales qui sont du ressort de l’Etat va de nouveau se poser en termes de compétence territoriale.
La direction de la SNCF a relancé, jeudi 11 mai, le dossier de l’intéressement, un projet qui avait été rejeté par cinq organisations syndicales (CGT, SUD-Rail, FO, UNSA et FGAAC) en octobre 2005. Ces organisations ont réaffirmé, à l’issue de la table ronde organisée par la direction, le refus de ce mode de rémunération, jugé « aléatoire et injuste ». Par rapport aux propositions faites en 2005, le projet 2006 propose un relèvement de la somme minimum par salarié, de 100 à 120 euros, ce qui « permettrait d’atteindre des valeurs de l’ordre de 250 à 300 euros par agent », dans la meilleure configuration. Le texte sera soumis au comité central d’entreprise le 30 mai.