BUENOS AIRES CORRESPONDANTE
En pleine année électorale, le président argentin Nestor Kirchner a fait du transport ferroviaire l’un des axes de sa politique. Le marché le plus ambitieux devrait revenir au groupe Alstom : le premier train à grande vitesse des Amériques. Il reliera les trois principales villes du pays, Buenos Aires, Rosario et Cordoba, soit une liaison de 710 kilomètres. Resté seul en lice, après le retrait de deux autres groupes, dont l’allemand, Siemens, Alstom a annoncé, fin avril à Buenos Aires, avoir chiffré à 1,32 milliard de dollar (979 millions d’euros) le coût de son projet.
Ce chiffre est inférieur au plafond fixé par le gouvernement argentin à 1,35 milliard de dollars. Alstom est à la tête du consortium Veloxia qui regroupe la compagnie espagnole Isolux Corsan et les sociétés argentines Emepa et Iecsa. Le financement sera assuré à plus de 70 % par la Société générale avec un prêt sur seize ans en euros à un taux de 4,6 % par an.
Avec une vitesse qui pourrait atteindre 320 km/heure, le train reliera la capitale à Rosario (à 310 km au nord) en quatre-vingt-cinq minutes, pour atteindre Cordoba (distante de 400 km de Rosario, plus à l’ouest) en quatre-vingt-dix minutes. Jusqu’à présent, les automobilistes devaient rouler près de dix heures pour arriver à Cordoba.
La commission technique avait jusqu’au 10 mai pour étudier le projet financier et le contrat devrait être signé le 30 juillet. M. Kirchner souhaite que les travaux commencent au plus vite pendant la campagne électorale en vue de la présidentielle d’octobre. Le gouvernement calcule que le chantier créera 5 000 emplois directs et 20 000 indirects. Rosario (1,2 million d’habitants) et Cordoba (1,3 million) connaissent depuis cinq ans un essor spectaculaire grâce au boom mondial du soja, à la viande bovine et à la renaissance industrielle du pays.
Le président péroniste devrait lancer d’ici à la fin de l’année deux autres appels d’offre internationaux pour relier Buenos Aires à la cité balnéaire de Mar del Plata, au sud, et Mendoza, à l’ouest. Plusieurs grandes villes, dont la capitale, ont aussi annoncé leur volonté de réintroduire le tramway. Alstom doit mettre en marche avant la fin de l’année deux tramways dans une partie du port de Buenos Aires, Puerto Madero. Présent en Argentine depuis plusieurs décades, le groupe français a également fourni des wagons pour le métro de la capitale.
La réactivation du transport ferroviaire prend l’allure d’une revanche du rail dans un pays très étendu qui a démantelé plus de 10 000 km de voies ferrées jugées non rentables dans les années 1990 sous la présidence de Carlos Menem. En dépit de nombreuses protestations, M. Menem avait pratiquement supprimé tous les services de train sur longue distance. Le fondateur de son parti, le général Juan Domingo Peron avait pourtant nationalisé dans les années 1950 les chemins de fer, autrefois aux mains d’entreprises britanniques.
La disparition du train a conduit au dépérissement des villes de l’intérieur qui se sont trouvées isolées des principaux ports et des centres urbains de consommation. Elles étaient nées pour la plupart et s’étaient développées autour de leurs gares à la fin du XIXe siècle et lors des premières années du XXe siècle, lorsque l’Argentine était le "grenier à blé" du monde et le premier fournisseur de viande de l’Europe.