Le tunnel ferroviaire du Brenner entre l’Autriche et l’Italie se fera d’ici 2022

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VIENNE CORRESPONDANCE

Après plus de vingt ans de tergiversation, le tunnel ferroviaire du Brenner devrait finalement être réalisé. Les ministres des transports autrichien et italien, Werner Faymann et Antonio Di Pietro, ont signé mardi à Vienne un accord de coopération, qui prévoit son achèvement en 2022. La Commission européenne et l’Allemagne ont assuré leur soutien.

C’est le plus ambitieux projet d’infrastructure européen. Couvrant un tronçon de 62 km, le tunnel ferroviaire du Brenner, qui permettra de relier Innsbruck, au Tyrol autrichien, à Bressano, en Italie, sera le plus long du monde. Le coût de construction a été évalué au plus serré : 6 milliards d’euros, sans compter les charges financières, estimées à 3 milliards supplémentaires, et les inévitables impondérables géologiques. L’Autriche, l’Italie et l’Union européenne assumeront chacune un tiers des coûts. L’Allemagne financera la liaison avec le réseau ferré sur son territoire.

Arlésienne de la politique des transports, promis aux Tyroliens puis reporté à maintes reprises en raison de son coût, le tunnel du Brenner vise à désengorger les vallées alpines de part et d’autre de la frontière. Sa construction portera de 600 000 à 1,8 million le nombre de poids lourds susceptibles de traverser la vallée du Tyrol sur rail.

« INTERNATIONALISER LES COÛTS »

L’Autriche espère régler de cette manière le problème du transit international dont elle s’estime victime. 1,9 million de poids lourds ont emprunté le seul col du Brenner en 2006. C’est près de deux fois plus qu’en 1995, date de l’entrée de l’Autriche dans l’Union européenne, et près de deux fois le trafic enregistré sur l’ensemble des cols frontaliers suisses, qui, lui, s’est réduit. La Suisse a su dissuader les transporteurs internationaux en augmentant drastiquement ses tarifs autoroutiers. Du coup, en dépit de l’allongement des trajets, une partie du trafic s’est détournée vers l’Autriche

La région du Tyrol a tenté de répliquer par des interdictions sectorielles pour le transport de produits lourds ou polluants. À deux reprises elle a été condamnée par la Cour européenne de justice.

L’ambitieux projet laisse les experts sceptiques. Comment le financer ? La hausse des tarifs sur le tronçon autoroutier du Brenner doit permettre de dégager 40 millions d’euros par an et couvrir ainsi 50 % du financement, estime le ministre des transports autrichien. L’Etat fédéral prendra en charge l’autre moitié. Mais son budget ne prévoit pas la construction du tunnel. La Commission européenne devrait débloquer 800 millions sur son budget d’ici à 2012. Ensuite, il faudra renégocier.

Les Verts autrichiens dénoncent une erreur d’optique : « Le tunnel ne servira à rien en l’absence de mesures contraignantes imposant le transport de marchandises par rail. » Sur le fond, le gouvernement autrichien est d’accord. « Le prix du transport routier doit être renchéri », a déclaré le chancelier Gusenbauer. « Il faut internationaliser les coûts externes du trafic », ont plaidé les ministres des transports autrichien et italien.

L’idée d’une « bourse du transit » fonctionnant sur la base d’une évaluation des coûts externes (pollution environnementale et sonore, dommages économiques et sanitaires) avec attribution de droits de passage aux mieux-disants n’est pas neuve. Mais la décision ne peut être prise qu’au niveau du conseil des ministres européens. Pour l’heure, les directives européennes interdisent l’augmentation unilatérale des péages autoroutiers.



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