LONDRES

Il y a 173 ans, le duc de Wellington inaugurait la première ligne ferroviaire de Grande-Bretagne. Après des années d’investissements, l’Angleterre dispose désormais de sa première ligne à grande vitesse. Ce n’est un secret pour personne, le Royaume-Uni a cessé d’être une référence en matière ferroviaire. Tony Blair n’était pourtant pas peu fier de se souvenir du bon vieux duc au moment d’inaugurer le premier tronçon à grande vitesse de l’histoire du Royaume-Uni, mardi après-midi. Long de 74 kilomètres, il débute à la sortie du tunnel et s’arrête au nord du Kent. Il sera essentiellement dédié à l’Eurostar, qui relie Paris et Bruxelles à Londres.
Actuellement, les trains jaune et bleu prennent 2 h 55 pour relier la tour Eiffel à Big Ben et 2 h 40 pour effectuer le parcours entre l’Atomium et la tour de Londres. Dès le 28 septembre, jour de l’ouverture de la ligne au public, les trains gagneront 20 minutes au départ des deux villes du continent. Le Bruxelles-Londres prendra donc 2 h 20.
Au total, 2,8 milliards d’euros ont été engloutis dans cette aventure. Et les Britanniques ne comptent pas en rester là. Un second tronçon rapide, d’une longueur de 38 km est actuellement en construction. Lorsqu’il sera achevé, en 2007, il ne faudra plus que deux heures à un Eurostar pour marier les moules-frites avec le fish and chips. Le coût de cette deuxième partie de la ligne s’élève à 4,9 milliards d’euros, en raison de l’achat de coûteux terrains. Le gouvernement britannique a participé au projet à raison de 4,6 milliards d’euros.
Grâce à cet investissement, le rail anglais retrouve un peu de lustre. Il en avait bien besoin. Pour s’en convaincre, il suffit de lire la presse britannique. A quelques mètres du lieu de l’inauguration de la nouvelle ligne, à la gare de Waterloo, les « une » faisaient état d’un nouveau déraillement de train. La routine, plaisante un citoyen de sa Majesté.
Pendant ce temps, Karel Vinck, le patron de la SNCB était l’objet de toutes les attentions de ses confrères. Le patron belge a, en effet, émis publiquement l’idée d’un retrait de la SNCB de l’actionnariat d’Eurostar. Actuellement, Eurostar est un projet qui émane de la SNCF, de la SNCB et d’une société britannique baptisée Eurostar UK Limited. L’an dernier, Eurostar a contribué pour plus de 10 millions d’euros aux pertes de la SNCB, nous a indiqué Karel Vinck. Nous n’avons pris aucune décision, mais nous envisageons un retrait d’Eurostar, ou, en tout cas, une révision des modalités de notre participation.
Rencontré sur le quai de l’Eurostar, Louis Gallois, le patron de la SNCF n’a qu’un mot à l’adresse de Vinck : Reste ! Croisé sur le même quai, décidément gratiné, Richard Brown, le patron du groupe Eurostar tient le même discours. La SNCB est l’un des fondateurs d’Eurostar et son retrait poserait des problèmes opérationnels. Mais je veux être clair : si la SNCB se retire, la liaison Bruxelles-Londres sera maintenue.
Le patron d’Eurostar nous a confirmé qu’il disposait d’un scénario alternatif, en cas de retrait de la SNCB mais n’a pas voulu en dévoiler la nature.
Karel Vinck devrait prendre sa décision à la fin de cette année. A ce moment, il pourra mesurer si la réduction du temps de parcours a attiré un nombre croissant de voyageurs.
Il faut dire que la ligne Bruxelles-Londres fait figure de mauvais élève. Le rail ne dispose que de 45 % de parts de marché par rapport aux autres moyens de transport, alors que l’Eurostar au départ de Paris détient 60 % de parts. Pour renforcer l’attrait de la ligne, nous allons mettre en service un train supplémentaire par jour dès le mois de janvier, a annoncé Richard Brown au « Soir ». Une derrière cartouche pour convaincre la SNCB de rester ?