Contrairement à certaines entreprises publiques qui peuvent sortir un listing détaillé de leur patrimoine immobilier, la SNCB est en retard sur son temps. Et certains ne manquent pas de soupçonner l’entreprise ferroviaire de tentatives d’opérations au seul bénéfice de promoteurs privés à la recherche de profit maximum. Procès d’intention qui ne tient pas la route, dira-t-on au 85 rue de France à Bruxelles, siège de l’opérateur ferroviaire. « Un inventaire des actifs immobiliers de la SNCB est en cours, afin d’avoir une idée exacte du patrimoine de la société en vue de sa valorisation éventuelle. Mais il ne faut pas oublier qu’une partie des immeubles de la SNCB est allée à ses filiales (Euro Liège TGV, Eurostation, etc.) », rappelle un proche du dossier.
Au siège de la SNCB, on confirme seulement l’audit en cours sur l’héritage immobilier. Mais un rapport présenté aux administrateurs le 18 juillet en donne déjà un aperçu. D’après certains observateurs, le rapport dit en filigrane que les voies ferrées sont invendables et que les terrains sont pollués.
Les chiffres provisoires renseignent un peu sur la situation. La SNCB dispose d’une superficie de 17540 hectares comprenant les voies ferrées, des bâtiments, des parkings, des champs, des bois et des terrains en friche. « Environ 85pc du patrimoine immobilier de la SNCB participent à l’activité ferroviaire dont 2723 bâtiments (gares, bureaux, etc.). Dans les 15 pc restants, figurent entre autres 231 maisonnettes qui servaient autrefois au logement du personnel », précise France Nivelle, responsable de la communication de la SNCB.
La valeur reprise au bilan de l’entreprise chiffre le patrimoine immobilier actuel à 2,3 milliards d’euros. Mais pour des observateurs, des terrains à Gand et à Anvers, la gare de Schaerbeek-formation et d’autres actifs pourront être valorisés et rapporter un petit pactole à la SNCB.
Au cabinet du ministre de tutelle, Johan Vande Lanotte (SP.A), on affirme n’avoir aucune idée de l’actif immobilier de la SNCB. Mais il semble que l’opération de reprise d’une partie de la dette, soit 7,4 milliards d’euros, projetée à l’horizon 2007 prévoit un échange d’actifs immobiliers, mobiliers et financiers.
A la sortie d’un conclave au niveau fédéral, Didier Reynders (ministre des Finances, MR) a laissé entendre qu’en contrepartie de la reprise de la dette de la SNCB, l’Etat fédéral mettrait la main sur une partie du patrimoine de la SNCB évaluée à près de 8 milliards d’euros. « Le sujet n’est pas encore à l’ordre du jour pour l’instant. Par ailleurs, il faudra attendre une valorisation du patrimoine immobilier en question pour se faire une idée de ce que cela peut rapporter », dit-on au cabinet du ministre Vande Lanotte. Certains voient déjà dans la ligne de mire de certains responsables politiques les actifs regroupés au sein de la filiale Eurostation.
En attendant que le sujet de l’actif immobilier de la SNCB vienne sur la table, direction et syndicats poursuivent les discussions pour élaborer un nouveau plan d’entreprise avec un objectif principal : sortir l’entreprise de l’ornière et la rendre rentable tout en réduisant au maximum le coût social. Une réunion a eu lieu mercredi entre les organisations syndicales et l’administrateur délégué Karel Vinck à cet effet. « Nous avons juste confirmé l’engagement pris chez Vande Lanotte (entre autres 2007 n’est plus la date butoir de rentabilité). Mais nous espérons qu’après l’opération de reprise de la dette avec un échange éventuel d’actifs à la clé, il restera assez de moyens à la SNCB pour continuer à fonctionner », dit un responsable syndical.