Au niveau national, le projet est encore dans les limbes. Mais, le ministre de la Mobilité, Bert Anciaux (SPA), ne désespère pas de le concrétiser. En substance, il s’agit d’étudier l’octroi d’un abonnement SNCB gratuit aux automobilistes qui remettront une plaque d’immatriculation. En l’occurrence, Bert Anciaux s’inspire d’une initiative de son président de parti, Steve Stevaert, qui a rencontré un franc succès en Flandre.
Depuis un an, les automobilistes du nord du pays qui renoncent à la voiture se voient offrir un abonnement gratuit au réseau de bus De Lijn. Plus précisément, si une famille décide de laisser tomber l’unique véhicule de la maison, tous les membres reçoivent un abonnement annuel gratuit, renouvelable sur trois ans. Si la famille conserve une autre voiture, elle ne dispose que d’un seul abonnement gratuit. Selon des chiffres de De Lijn, deux familles sur trois ayant échangé leur voiture contre un abonnement, possèdent encore au moins un autre véhicule. Globalement, depuis octobre 2002, dix mille conducteurs se sont déjà laissés séduire par cette offre. Et sur ces 10.000 personnes, un sur deux affirment être certains de ne pas racheter de voiture dans les trois ans. La plus grande partie des « convertis » ont entre 46 et 65 ans et leur première motivation est financière, parmi eux 59 pc sont des femmes. De Lijn a recensé 25 pc d’employés, 18 pc d’étudiants, 16 pc de pensionnés et 17 pc sans emploi. Le recours au bus de De Lijn ne se fait pas que pour des raisons professionnelles (31 pc), ils sont 45 pc de ces 10.000 nouveaux abonnés à désormais utiliser le bus pour faire des courses.
Fort du succès de l’opération dans le nord du pays, Bert Anciaux escompte donc qu’un abonnement gratuit au chemin de fer inciterait davantage encore d’automobilistes à se rendre à leur travail en transport public. Du côté de la SNCB, on se dit « réceptif à toute idée qui puisse promouvoir la mobilité », mais l’on reste pour le moins dubitatif quant à la faisabilité financière d’une telle mesure. « Il faudrait alors que l’on nous donne les moyens. Dans l’état actuel de ses finances, la SNCB ne serait pas en mesure d’assurer un tel projet ». Les chemins de fer belges restent pour l’heure dans l’expectative. « C’est une opération qui doit se faire dans le cadre du plan d’entreprise. Nous n’avons pas encore reçu d’indications du ministre des Entreprises publiques, Johan Vande Lanotte et encore moins d’informations sur les modalités. S’agira-t-il d’offrir un libre-parcours ? Pour combien de temps ? Pour quelle période hebdomadaire ? Etc. Autant d’éléments qui nous permettraient de réaliser une étude d’incidence ».
Car, à première vue, le manque à gagner s’annoncerait plus important pour la SNCB. A titre d’exemple : un abonnement annuel de la zone de Namur vers celle de Bruxelles revient à 1.035 €, un libre-parcours sur le réseau coûte 1.916 €. Les abonnements annuels gratuits offerts par De Lijn s’élèvent à 149,90 € pour les jeunes et à 199,30 € pour les adultes. A noter que la société de bus flamands n’a reçu aucuns subsides supplémentaires pour soutenir l’opération. « Mais, il est clair que nous sommes confiants sur ses bénéfices à long terme. Nous espérons bien qu’une telle expérience aura convaincu les anciens automobilistes que les transports publics sont une alternative très valable », souligne Astrid Hulthoven, porte-parole de De Lijn. Dans ses réflexions, Bert Anciaux devra désormais s’interroger sur la pertinence du train comme alternative à la voiture (cf. ci-dessous), avant même de convaincre les argentiers du gouvernement.
ÉRIC CORNELIS Senior Research Associate au Groupe de recherche sur les transports des Fundp (Namur).
Vos impressions sur l’idée évoquée par le ministre de la Mobilité, Bert Anciaux ?
Premièrement, cela impliquerait un subside supplémentaire du fédéral. Je m’imagine mal la SNCB assurer sur ses fonds propres le financement d’une mesure prônée par le gouvernement fédéral. L’idée n’est pas mauvaise mais doit être bien réfléchie.
La même opération, lancée par « De Lijn » est apparemment un succès en Flandre mais pensez-vous qu’un abonnement au train soit aussi attractif qu’un abonnement à un réseau de bus ?
Il faut surtout voir quel type d’abonnement peut être proposé. Faut-il le limiter au trajet domicile/travail ou s’agirait-il d’un abonnement général, pour tout le réseau ? C’est une question importante, les enquêtes de mobilité démontrent que les personnes qui font la navette en voiture utilisent celle-ci pour autre chose que ce simple trajet. Il y a les trajets associés : conduire les enfants à l’école, le conjoint à son travail,... Et il y a aussi les petits détours nécessaires utiles que l’on peut se permettre sur le trajet grâce à la voiture.
Etes-vous en train de dire que le transfert entre voiture et train est plus difficile qu’un autre ?
La congestion de la circulation arrive à un tel point que ce type de solution est bon à prendre. Mais le succès de l’opération abonnement « De Lijn » ne démontre-t-il pas que le transfert entre modes de transport fonctionne surtout pour les petites distances ? Si cela est avéré, une meilleure solution ne serait-elle, dès lors, pas de donner un abonnement sur un réseau de transport en commun, de type bus, dans la région souhaitée par le citoyen ? En tout cas, le train est un mode alternatif de transport plus adapté aux navettes de longues distances. Et, dans ce cadre, je crois que plus en plus de monde commence à opter pour ce type de transport ou un transport multimodal : voiture jusqu’au parking d’une gare et train jusqu’au travail.
Quoique séduisante à plusieurs titres notamment en matière de mobilité, l’idée du ministre Bert Anciaux, d’offrir un abonnement SNCB aux automobilistes qui remettent une plaque d’immatriculation fait sourire les principaux observateurs du dossier de l’entreprise ferroviaire. « La SNCB est dans une situation financière délicate et ce n’est pas le moment de venir avec des idées de ce genre pour encore lui compliquer la tâche. Il faut arrêter de jouer avec la survie de l’entreprise ferroviaire », commente une source bien informée qui se demande même si l’Etat belge a les moyens de financer une telle initiative. En ce qui concerne la SNCB elle-même, l’administrateur délégué, Karel Vinck, l’a dit et répété qu’en matière de missions de service public, toute demande de la part du fédéral (principal actionnaire de la SNCB) se doit d’être suffisamment couverte si l’on veut l’appliquer. Au risque de paraître dur, il est tout simplement réaliste. Car les résultats de l’entreprise sont loin d’être réjouissants. A politique inchangée, sa dette atteindra plus de 11 milliards d’euros à l’horizon 2006. Et la récente décision du gouvernement fédéral de reprendre une partie de celle-ci (7,4 milliards d’euros) en 2005 ne doit pas certainement pas faire oublier les défis qui attendent la SNCB. « Plutôt que de charger le wagon, on ferait mieux de donner les moyens à la SNCB pour lui permettre de valoriser ses points forts comme la fréquence et la régularité de ses liaisons, le confort des trains, la sécurité et surtout rassurer son personnel ». (Ph. Law.)