Convaincu que « les têtes qui se trouvent au sommet de l’Etat ne pensent qu’à (le) dézinguer », Jean-Paul Huchon, le président PS de la région Ile-de-France, a décidé de passer à la contre-offensive. Cible de Nicolas Sarkozy - qui déplore son « immobilisme » dans la modernisation du RER A et relaye du coup la campagne très active de Roger Karoutchi, candidat (UMP) déclaré à la présidence de la région -, l’actuel patron de l’Ile-de-France a présenté, jeudi 19 juin, un plan de 17,8 milliards d’euros pour les transports franciliens.
M. Huchon a mobilisé les grands élus PS d’Ile-de-France : Claude Bartolone, président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Michel Berson, celui de l’Essonne, Vincent Eblé, celui de Seine-et-Marne, ainsi que Bertrand Delanoë, maire de Paris, tous soucieux de « ne pas laisser la région perdre ses prérogatives en matière de transports » au moment où M. Sarkozy évoque « une reprise en main par l’Etat ».
Pour eux, il faudrait 13,7 milliards d’euros supplémentaires d’ici à 2020 pour répondre aux besoins de déplacements des Franciliens. 4,1 milliards d’euros sont aujourd’hui consacrés par l’Etat et les collectivités à ce secteur. Dans les dix ans à venir, la priorité devrait être donnée, estiment-ils, à la rénovation du réseau RER et des trains de banlieue et à « l’accélération » de trois grands chantiers : la prolongation de la ligne 14 du métro parisien pour désaturer la ligne 13, du RER E jusqu’à la Défense (projet Eole) et la création d’un métro circulaire autour de la capitale.
« Arc-Express devrait être mis en oeuvre d’ici dix ans et à terme faire le tour de Paris », a souhaité M. Huchon qui ne s’est jamais montré aussi déterminé à soutenir ce projet. Alors que seulement 25,5 millions d’euros d’études sont prévus dans le contrat de plan Etat-région 2007-2013 pour cette rocade, la réalisation de la boucle complète est estimée à 6 milliards d’euros.
M. Huchon et ses collègues de gauche proposent que la région et les 8 départements d’Ile-de-France contribuent pour un tiers à l’effort supplémentaire de 13,7 milliards d’euros pour les transports. Le Syndicat des transports d’Ile-de-France (STIF) qui finance le fonctionnement des transports, presque exclusivement à la charge de la région et des départements depuis 2006, pourrait contracter « un grand emprunt de 3 à 4 milliards », a proposé M. Huchon, qui préside cet organisme. Des partenariats public-privé, notamment pour Arc-Express, et une participation plus importante des entreprises assureraient le second tiers. Reste à convaincre l’Etat pour le tiers restant.
Conviés jeudi par M. Huchon, ni Dominique Bussereau, ministre des transports, ni Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie, n’ont répondu à l’invitation. M. Borloo a proposé en revanche à M. Huchon et aux élus franciliens de les recevoir le 9 juillet à son ministère pour discuter du plan de la région.