Dans les turbulences de la crise ivoirienne, le temps a suspendu son vol en septembre dernier [quand le conflit ivoirien a débuté]. En effet, des démons tapis dans l’ombre ont, contre toute attente, cloué au pilori la Société internationale de transport africain par rail (SITARAIL), qui exploite le train Ouagadougou - Abidjan. Ce qui a entraîné des conséquences dramatiques autant pour la Côte-d’Ivoire que pour le Burkina Faso : économies en chute libre et chômage technique. Mais, comme un cadeau de nouvel an en différé, le président du conseil d’administration de la SITARAIL, Michel Roussin [l’ancien chef de cabinet de Jacques Chirac], vient d’apporter une bonne nouvelle : le train reprendra du service entre Abidjan et Ouagadougou fin avril. Cette décision est un acte majeur susceptible de sceller un nouveau contrat de coopération entre le Burkina Faso et la Côte-d’Ivoire. Cette dernière est en effet à la recherche de ses repères socio-économiques et politiques. Fini le temps de la prospérité économique, clamé et vanté par certains Ivoiriens piqués par la folie des grandeurs. Fini aussi le temps où Félix Houphouët-Boigny [premier président de la Côte-d’Ivoire] dictait sa loi, refusant notamment que son pays soit la "vache laitière" des Etats d’Afrique de l’Ouest.
Les peuples de la sous-région sont incontournables dans la construction de l’édifice ivoirien. Les Burkinabés ont particulièrement mis, pendant des décennies, leur intelligence et la force de leurs muscles au service de la Côte-d’Ivoire. Pourtant, ils ont ployé sous le lourd fardeau de la xénophobie, des exactions et des crimes. Plus grave, depuis le début de la crise ivoirienne, les Burkinabés ont été la cible des "escadrons de la mort". C’est pourquoi la relance du chemin de fer entre Abidjan et Ouagadougou doit être accompagnée d’une soupape de sécurité. C’est un impératif majeur pour rétablir la confiance entre la Côte-d’Ivoire et les pays de la région. D’ailleurs, la plupart des Etats membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont redimensionné leurs stratégies vis-à-vis de la Côte-d’Ivoire. Ils ont déjà signé des engagements plus sécurisants avec des ports et des aéroports d’autres pays. En clair, une nouvelle carte économique et politique est en train de se dessiner en Afrique de l’Ouest. La Côte-d’Ivoire doit donc revoir sa copie si elle ne veut pas végéter à la périphérie de ce nouvel ordre en gestation.
La résurrection de la SITARAIL constitue une opportunité pour relancer la machine ivoirienne. Et si l’on considère qu’au Burkina Faso, du fait des ramifications familiales, un salarié nourrit en moyenne dix personnes, on ne peut que compatir à la douleur de ces cheminots subitement jetés à la rue. L’heure est donc décisive pour le Burkina Faso et la Côte-d’Ivoire. Ces pays "frères" doivent faire preuve d’un sursaut salvateur en droite ligne des intérêts supérieurs de leurs populations.
Article paru dans "Le Pays" (Ouagadougou)