
Le milliardième voyageur des trains à grande vitesse, qui était fêté vendredi 28 novembre, n’avait pas de visage. La SNCF l’a voulu ainsi : anonyme, pour qu’il puisse être tout le monde. Un anonyme parmi les 200 000 voyageurs qui empruntent quotidiennement le TGV en France, l’Eurostar vers la Grande-Bretagne ou le Thalys à destination de Bruxelles, d’Amsterdam ou de Cologne.
Avec la mise en service, en 1981, de la première rame TGV orange, roulant à 260 km/h entre Paris et Lyon, la SNCF se doutait-elle qu’elle allait, au fil des années, changer la perception des distances et de la géographie française ? Avec cette machine, il fallait 2 h 40 pour relier Paris à Lyon. Aujourd’hui, après plusieurs évolutions, la capitale des Gaules est à moins de deux heures de la gare de Lyon. Mireille Faugère, directrice voyages France-Europe de la SNCF, estime que le succès de la grande vitesse a autant fait bouger « dans les têtes que physiquement ».
Le TGV, en outre, est devenu un outil de l’aménagement du territoire et de la décentralisation. Habiter la campagne et travailler à la ville est devenu possible pour un nombre grandissant de privilégiés. Entre Paris et Tours, un quart des voyageurs qui font l’aller-retour sont d’anciens Parisiens qui continuent à travailler dans la capitale. Entre Paris et Lille, le phénomène est identique. Entre 1992 et 2001, le nombre des adeptes de la "navette" entre les deux villes s’est accru de 54%. D’autres cités, encore, bénéficient de l’effet grande vitesse. Ainsi, Rennes n’est déjà plus qu’à deux heures de Paris, la SNCF espérant ramener à terme ce temps à 1 h 30. Les notaires s’en félicitent : le prix des appartements, en un an, a progressé de 9,4% et celui des maisons de 8,3% dans la préfecture de l’Ille-et-Vilaine.
Pour la SNCF, l’enjeu est aussi de continuer à développer les liaisons entre les villes de province. Si le nombre de voyageurs empruntant les grands axes progresse de 7% l’an, les relations entre les régions croissent à un rythme deux fois plus élevé : + 12% entre 2000 et 2001 et + 15% entre 2001 et 2002.
A ce rythme, le cap du milliard supplémentaire de voyageurs devrait être franchi dès 2010. Strasbourg sera à 2 h 20 de Paris, comme Londres, et il ne faudra plus que trois heures pour aller à Genève ou à Cologne.