Entretien

« Comme toujours, la Wallonie improvise... »

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Chef de service « recherche et projets » au ministère fédéral des Communications jusqu’en 1986, Claude van den Hove est un observateur particulièrement attentif des grands projets ferroviaires. La décision wallonne ne le convainc qu’à moitié.

Claude van den Hove peut être considéré comme un des grands visionnaires de notre pays en matière de transports. On lui doit la conception du diabolo, celle du tunnel d’Anvers, celui sous l’arcade du cinquantenaire, la petite ceinture à Bruxelles...

Ligne nouvelle ou dédoublement du réseau existant ? Votre préférence ?

Là n’est pas la question. En revanche, je voudrais une fois de plus dénoncer les méthodes qui entachent les choix ferroviaires dans le sud du pays. Pourquoi la SNCB s’est-elle jetée sur cette idée de ligne nouvelle ? Tout simplement parce que la Flandre venait avec des exigences précises. Compensations obligent, la SNCB s’est demandée ce qu’elle pourrait faire de tous ces milliards en Wallonie. Et a improvisé les lignes nouvelles.

Par ailleurs, constat décevant pour un spécialiste comme je crois l’être, le dossier qu’elle a présenté en la matière était bâclé (sous-estimation flagrante des coûts, étude plus qu’approximative du tracé...) et présenté avec une certaine mauvaise foi. Par exemple, évoquer les perturbations pour les usagers frise le mensonge. Datant des années 50, la ligne 161 devait, de toute façon, être rénovée.

Que pensez-vous de la décision prise par le gouvernement wallon ?

Un peu la même chose. Pourquoi la Région flamande dispose-t-elle aujourd’hui d’un réseau ferré relativement achevé ? Parce la Flandre, depuis longtemps, présente à la SNCB des demandes précises, étayées, chiffrées s’inscrivant dans un projet global. A de bonnes questions, elle reçoit de bonnes réponses de la part des ingénieurs de la SNCB qui sont de bons ingénieurs. Le grand problème de la Wallonie, c’est de ne pas avoir de réelle vision ferroviaire à long terme. Alors, on improvise. Par exemple, le fait de prolonger la ligne nouvelle jusqu’à Gosselies est, selon moi, irrecevable pour la SNCB. On ne peut pas faire fonctionner une ligne avec la seule clientèle de l’aéroport qui représentera tout au plus une cinquantaine de personnes de temps en temps. Une étude réellement approfondie aurait peut-être permis de prendre conscience que, sans un prolongement vers Charleroi, pour s’assurer une clientèle « captive », ce tronçon est une coquille vide. La réflexion aurait peut-être aussi mené à la conclusion que l’investissement le plus raisonnable consistait à aménager la ligne Bruxelles-Luxembourg pour atteindre 200 km/h sur tout son tracé. Je suis, par ailleurs stupéfait que des personnalités comme le bourgmestre de Waterloo (NdlR : le ministre Kubla) ou celui de Braine-l’Alleud n’aient pas profité du chantier d’élargissement de la 124 pour exiger qu’on mette fin à la césure de leur commune par le chemin de fer. Les Flamands l’ont fait à Halle. Ils ont obtenu leur tunnel. Quand on fait les choses, on le fait bien, en fixant les priorités sur base d’un projet global mûrement réfléchi. Ici, j’ai un peu un sentiment de « n’importe quoi » pour contenter tout le monde.



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