Les invités de Jean-Pierre Jacqmin : José Damilot, FGTB, et Dominique Dalne, CSC.

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Le dossier SNCB donc revenu à la une de l’actualité avec les pertes d’emplois annoncées dans le cadre du plan de restructuration. Le gouvernement tente l’apaisement mais le message est-il passé ? Ce matin nous accueillons José Damilot, pour la CGSP Cheminots, et Dominique Dalne, pour la CSC.

Messieurs, bonjour. Première question : vous avez entendu hier au Parlement le ministre de tutelle de la SNCB, Johan Vande Lanotte demandant aux deux parties, syndicats et direction, de se retrouver, de se remettre autour de la table. Vous, José Damilot et Dominique Dalne, vous aviez vous claqué la porte avant-hier : est ce que vous êtes prêts à rediscuter maintenant sur base de ce qui est sur la table ?

Je ne suis pas sûr que Monsieur Vinck, lui, soit tout à fait favorable à une reprise de la négociation.

C’est quand même vous qui avez claqué la porte !

Absolument. Mais après ce claquage de porte, décider d’envoyer à tout le personnel les chiffres qui nous ont été remis en prenant bien soin de ne pas remettre la page litigieuse, celle qui fait apparaître 5 700 emplois en moins, je ne pense pas que ce soit un geste d’apaisement. Et je voudrais d’ailleurs, sur cet aspect, dire une chose très claire. Précisément sur les chiffres : quand monsieur Vinck vient dire avec force que ce sont 4544 emplois qui seraient supprimés, même en acceptant ce chiffre, il omet de dire que lorsqu’on parlait de 10 000 emplois, c’était en comparant ce chiffre aux effectifs du premier mai. Les chiffres qu’il nous a remis avant hier étaient à comparer à ceux du premier octobre : entre temps, 613 personnes ont quitté la SNCB. Par conséquent, même en acceptant les 4544 pertes d’emplois de Mr Vinck - que je conteste - il faut encore ajouter ces 613 : donc, on est déjà à 5 200. En d’autres termes, Mr Vinck veut remplacer son plan de 10 000 emplois en 4 ans par deux plans de 5 000 emplois de deux ans.

Vous n’avez pas eu de contacts avec Karel Vinck ?

Moi, plus aucun depuis mardi.

Et vous Dominique Dalne, des contacts, des possibilités de discussions ?

J’ai pris contact avec Mr Vinck hier matin parce que les chiffres qui nous étaient donnés par la SNCB nous semblaient un peu ambigus. J’ai essayé d’avoir une série de clarifications. Mais ce que nous devons dire, c’est que, dans le cadre du dialogue avec la SNCB, ce qui manque, c’est une certaine franchise de la part de la direction. Nous voulons en tout cas avoir une vision tout à fait concrète sur les sièges de travail qui vont être supprimés, sur les conséquences pour les missions de service public, sur l’activité marchandise, mais également au niveau des différentes catégories du personnel. A tout cela, nous n’avons toujours aucune réponse. Et après, on voudra voir la validité de son plan d’entreprise.

Mais au cours de la conversation que vous avez eue avec Karel Vinck hier matin, est-ce qu’il a été question de se remettre autour de la table ?

C’est une demande qu’il a formulée en nous disant que, lui, ne voulait retenir que la référence des 4 500 pertes d’emplois à discuter. Et donc nous attendons encore une série d’informations concrètes, parce que c’est encore ambigu au niveau de certains dirigeants de l’entreprise.

Vous seriez prêts à retourner à une discussion avec lui ?

Nous voulons en tout cas avoir une information complète et concrète pour répondre aux préoccupations des travailleurs.

J. Damilot, quand vous entendez que la CSC a des contacts, mais que vous n’en avez pas de votre coté, qu’est ce que vous dites ?

Je ne vais pas dire que ça me fait plaisir. Mr Vinck a pris ses responsabilités.

Vous savez, Mr Vinck a toujours dit qu’il était ouvert à des alternatives. Maintenant pour pouvoir construire ou offrir une alternative, il faut au moins savoir de quoi l’on parle et quel est le contenu de son plan. Or à ce stade nous n’avons eu aucune vérification par rapport à ses intention réelles et à celles du comité de direction. Donc nous attendrons de voir leur information pour pouvoir éventuellement amener une autre alternative. A partir de ce moment, on pourra quantifier le nombre d’emplois perdus et voir quelles sont les choses...

On sent que vous n’avez pas envie de vous coincer dans des slogans, dans des chiffres tels que ceux que Mr Damilot met sur la table ?

En tout cas, je crois qu’il y a une chose qui unit Mr Damilot et nous. D’abord, c’est triste de perdre de l’emploi lorsqu’on voit l’évolution de la conjoncture. Il y a des réalités qui nous dépassent dans notre environnement qui change. La libéralisation au niveau européen. Les pertes d’emplois dans le secteur économique. La SNCB est une activité de transport. Ce qui nous préoccupe et qui nous unit également, c’est la situation financière préoccupante de la SNCB : il faut que, du coté politique, on prenne ses responsabilités. J’entends Elio Di Rupo, hier comme ce matin sur vos antennes : moi, je veux bien qu’on ne fasse strictement rien à la SNCB. Mais aujourd’hui, il faut que le gouvernement apporte 149 millions d’euros, c’est le déficit semestriel de l’entreprise, puisqu’elle manque de cash aujourd’hui. Moi, je ne veux pas être responsable à la place du pouvoir politique de conduire la SNCB dans une situation telle que la Sabena.

José Damilot, vous avez aussi l’impression que quelque part le monde politique, si on entend Johan Vande Lanotte, c’est un problème entre les parties, c’est un peu Ponce Pilate, on s’en lave les mains ?

En tout cas, il est clair qu’entre les deux familles qui sont au gouvernement, il y a des approches différentes sur le dossier de la SNCB. Et donc on peut se poser la question de savoir si ces différences qui existent, aujourd’hui, au sein du gouvernement n’existent pas également au sein de la SNCB. Il me parait évident que dans le comité de direction de l’entreprise, des personnes ne verraient pas spécialement d’un mauvais oeil que certaines activités prennent complètement l’eau.

Par exemple ?

Je pense à B-Cargot. Il me parait clair que le dirigeant de B-Cargot a un schéma duquel il ne veut absolument pas sortir. Un schéma socialement inacceptable. Nous avons fait des contre-propositions. Nous sommes prêts à la discussion sur la réforme de B-Cargot. Elle est indispensable pour l’entreprise eu égard à la libéralisation. Mais celle que Mr Marc Descheemaecker, car c’est de lui qu’il s’agit, a choisie est un schéma conflictuel impossible à réaliser au sein de l’entreprise. Et donc son acharnement à vouloir le faire passer me fait penser que cet homme qui, il y a quelques semaines encore, plaidait clairement pour la privatisation du secteur, pour créer une filiale privée pour cette activité de marchandises, manifestement cherche un clash pour sortir l’activité de la SNCB.

Dominique Dalne, du coté de la CSC, on pense que, quoi, qu’on pourrait maintenir l’emploi tel qu’il est à la sncb avec un investissement venant par exemple du gouvernement ?

Dans le cadre des discussions gouvernementales et dans le cadre des projets d’emploi, aujourd’hui, on a offert aux entreprises à peu près 20 millions par emploi qui devrait être créé puisque l’objectif, c’est 60 000 emplois aux entreprises privées. Or aujourd’hui, un emploi à la SNCB coûte environ 1 600 000 en moyenne, charges patronales comprises. Donc c’est-à-dire 15 emplois à la SNCB égalent un emploi - et qui n’est pas encore garanti ! - dans le secteur privé. Mais pour enrichir les entreprises essentiellement !

Donc, José Damilot, on ne touche pas à l’enveloppe du personnel, on reste avec les 40 500 équivalents temps plein ?

Je ne suis pas aussi radical que cela. Ni aussi optimiste. Malheureusement, si j’ose dire, la SNCB est une entreprise où la technique et la technologie ont encore de beaux jours devant elles. Et donc il est fort possible qu’avec cette technologie, malheureusement, on puisse encore supprimer des emplois. L’exemple des cabines de signalisation est là pour nous le rappeler tout le temps. On peut, demain, créer sur l’ensemble du réseau un système qui économisera plusieurs centaines d’emplois parce qu’une nouvelle technologie permet de le faire. Et donc, un certain nombre d’emplois sont menacés par le progrès technique à la SNCB.

Quant on regarde ce qui s’est passé les 6 derniers mois, vous l’avez dit vous-même, entre début mai et maintenant, 6 mois se sont écoulés, 615 personnes sont parties naturellement de la SNCB. Finalement, si on multiplie par deux pour avoir un chiffre par an c’est 1200/1300 par an : on est déjà à 6-7 000 départs sans bain de sang social ?

Mais nous avons vécu cela dans les années 80, c’était les gouvernements Martens-Gol-Verhofstadt, Etienne Schouppe qui était à la tête de l’entreprise a géré une situation de plusieurs années pendant lesquelles on n’a pas recruté une seule personne à la SNCB. L’effectif a dégringolé de plusieurs milliers d’unités. Bien sûr, ce n’était pas glorieux pour la SNCB puisqu’on investissait pas. Et donc on pouvait expliquer qu’on avait un peu moins besoin de personnel. Et c’est vrai qu’à cette époque, plusieurs années se sont passées sans accident social.

Mais on se trouve quand même toujours maintenant avec d’énormes difficultés, une dette qui commence à être reprise par le gouvernement, mais des difficultés de trésorerie très importantes. Est ce que vous craignez finalement un scénario à la Sabena ? Dominique Dalne ?

J’ai toujours été clair : nous voulons l’éviter. L’entreprise doit se repositionner pour son avenir, être viable parce qu’il est quand même prévu qu’environ 35 000 personnes doivent rester : elles doivent vivre, doivent avoir un avenir. Et donc à ce niveau-là, pour nous, c’est important de faire le nécessaire. Je donne l’image d’un disque dur d’un ordinateur : à partir du moment où on passe de 68 000 agents à 35 000, il ne fonctionne plus. Sauf si on le recompresse. Et donc c’est un peu l’opération qu’il faut faire. Mais ça ne doit pas se faire dans la douleur sociale.

José Damilot ?

Moi, je pense qu’on peut faire certains efforts, je le répète, la technique le permet. Mais ce qui parait tout à fait aberrant c’est...

Je parlais du scénario à la sabena.. Les problèmes de trésorerie sont très importants. ABX, on n’en parle presque plus pour le moment mais ça plonge dans le rouge de plus en plus. Et mois après mois, c’est de l’argent en moins.

Moi je suis intimement convaincu que le rail est un mode de transport qui s’avérera de plus en plus indispensable et donc je ne crois pas à un scénario à la Sabena.

Mais Karel Vinck dit "Le rail va continuer, mais ce sera peut être sans la SNCB."

Non, je ne crois pas. La SNCB est une société de droit public dont l’actionnaire exclusif est l’Etat belge. Je ne crois absolument pas à ce scénario. Cela dit, nous savons que la libéralisation est là pour le trafic marchandise. C’est demain pour le trafic voyageurs international.

Et d’ailleurs au Parlement Européen, hier, ça n’avait évidement rien à voir avec le conflit qui se déroule ne Belgique, mais les eurodéputés, dans leur ensemble, ont voté pour une accélération de ces libéralisations, aussi bien du transport fret que du transport voyageurs.

Il est clair qu’au niveau européen, il y a une volonté d’aller dans cette direction. Ce que je constate, avec tous les pas de libéralisation effectués jusqu’à présent en matière ferroviaire, on ne peut pas dire qu’aujourd’hui il y une entreprise ferroviaire en Europe qui a réussi. On ne peut pas dire qu’il y a aujourd’hui, une société modèle à laquelle on peut se référer. C’est la difficulté ! Quand Mr Vinck dit ’on devrait adopter le modèle allemand ou tel autre modèle’, je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui le modèle allemand soit une réussite.

Vous n’avez pas l’impression de mener un combat un peu perdu d’avance ?

Chacun doit prendre ses responsabilités au niveau politique et qu’il apporte réellement l’argent promis. C’est tout le débat des missions de service public : est-ce qu’elles doivent être en déficit, est ce qu’elles doivent être en boni etc. ? Nous disons : aujourd’hui vu les contraintes qui nous sont imposées, il faut que ce soit une activité qui devienne de plus en plus rentable et qui rapporte de l’argent pour donner un avenir d’abord à l’entreprise et à ses travailleurs. Et en ce qui concerne le scénario Sabena, je serai plus prudent que J Damilot, parce que j’ai beaucoup plus de méfiance à l’égard du pouvoir politique. Il suffit de changer la loi pour changer le statut des cheminots et les mettre dehors demain. Je crois qu’il faut pas être avec un esprit alarmiste aujourd’hui, mais ça fait partie d’un risque et je n’ai aucune confiance dans le pouvoir politique.

On sent bien des différences d’approche de part et d’autre. On sait aussi qu’il y a des élections sociales qui arrivent bientôt. Donc il y a sans doute une part d’exercice de musculation de votre coté ? Des différences d’approches sur les contacts avec la direction, vous en avez eus du coté de la CSC, aucun du coté de la CGSP : est-ce que lundi, quand vous allez pouvoir vous réunir, vous allez avoir une position de front commun ? Est-ce que vous allez annoncer des grèves ?

La position du front commun, nous allons en débattre lundi. L’essentiel est de rester unis pour défendre les intérêts des travailleurs par rapport au patronat. Mais nous n’accepterons pas n’importe quoi non plus.

Est ce qu’il y aura des grèves ?

Il y aura un rapport de force si Karel Vinck persiste dans les chiffres qu’il nous a proposés car, je répète, aujourd’hui, on nous demande de faire beaucoup plus avec beaucoup moins d’argent et c’est tout à fait intenable.

Donc des grèves et des manifestations ?

En tout cas, un rapport de force.



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