France

Raffarin voit grand pour ses travaux

50 grands projets d’aménagement du territoire ont été choisis. Mais le calendrier du gouvernement reste flou.

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Il s’agissait rien moins que de présenter le « visage de la France en 2025 ». Après un an et demi passé entre audits, débats et études multiples, le gouvernement a dévoilé hier les priorités de sa politique d’aménagement du territoire. Jean-Pierre Raffarin a exposé, à l’issue d’un Comité interministériel d’aménagement du territoire (Ciadt), les « 50 grands projets pour la France en Europe ». On trouve des opérations d’urbanisme ou de recherche, mais surtout 35 projets ferroviaires, routiers, fluviaux ou maritimes, qui ont été cochés sur l’agenda de la France à l’horizon 2025. Garantie a même été donnée que tous seraient lancés avant 2012 ­ date butoir pour être éligibles à des aides européennes. Toutefois, pour se faire une idée claire de l’Hexagone dans vingt ans, il faudra attendre quelques précisions. Les trois ministres qui ont tenu la conférence de presse à la suite de Raffarin (Jean-Paul Delevoye pour la Fonction publique, Gilles de Robien et Dominique Bussereau pour les Transports) sont restés dans un flou certain. Seule une petite partie des projets retenus est programmée, les autres se contentent d’une promesse à long terme. Cela dit, la stratégie du Premier ministre était visiblement, à quelques mois des élections régionales, de pouvoir affirmer qu’aucun projet n’a été abandonné.

Quelques-uns peuvent objectivement se réjouir. C’est le cas d’Alain Juppé. « Son » TGV Sud Europe-Atlantique (entre Angoulême et Bordeaux) est prévu pour une mise en service en 2012, à peu de choses près en même temps que la première phase du TGV Rhin-Rhône (Dijon-Mulhouse). Ce sera la première fois, s’est félicité Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat aux Transports, que « deux chantiers de ligne à grande vitesse seront menés de front en France ». Forcément, les autres projets ferroviaires sont moins bien servis. C’est notamment le cas du TGV vers Nice, ou de la ligne reliant Bordeaux à Toulouse, dont rien n’a été dit. Martin Malvy, le président PS de la région Midi-Pyrénées, s’en est déclaré « révolté ». « Je remarque que le poids d’Alain Juppé a été bien plus fort que celui de Philippe Douste-Blazy (maire UMP de Toulouse, ndlr). C’est un coup de pied au cul. »

La liaison ferroviaire Lyon-Turin et le canal Seine-Nord Europe ont été retenus, contre l’avis de l’audit que le gouvernement avait commandé l’an dernier... cependant, aucune date n’a été donnée sur leur mise en service. Les choix, de toute manière, étaient inévitables, du fait des difficultés de financement auxquelles le gouvernement était confronté. Les travaux préparatoires avaient abouti à une équation financière ardue : pour mener à bien les chantiers, l’Etat devait trouver 1,2 milliard de ressources supplémentaires par an. Raffarin n’a pu annoncer hier qu’une enveloppe de 7,5 milliards d’ici à 2012, soit un petit milliard par an. Cette somme, qui sera gérée par un établissement public créé pour l’occasion, proviendra pour partie de l’emprunt, et pour moitié des dividendes des sociétés d’autoroutes, qui resteront publiques, comme le souhaitait Robien. Un joli geste, avant les régionales, pour le seul ministre UDF de Raffarin.

Cédric MATHIOT


Robien, as de l’équilibrisme

Le seul ministre centriste a emporté une victoire, à la satisfaction de Bayrou.

Robien, champion du monde de l’aménagement du territoire et icône de l’entente cordiale UDF-UMP ? A lui seul, l’unique ministre centriste du gouvernement aurait fait rendre gorge à l’hydre Bercy... A l’arraché, le ministre des Transports a gagné tous ses arbitrages. Notamment celui qui fait que, comme il l’affirme, « l’argent des transports paiera les transports » et n’ira pas engraisser une quelconque autre caisse de l’Etat. Et il en est fier. Son président de parti, François Bayrou, l’est tout autant que lui : « Je suis très heureux que le gouvernement ait écouté Gilles de Robien et n’ait pas privatisé les autoroutes, c’est bien, et quand c’est bien, je le dis », a déclaré hier le député des Pyrénées-Atlantiques.

D’aucuns au gouvernement voient dans cet arbitrage pro-Robien ­ rendu tant sur l’insistance de Matignon que sur celle de la direction de l’UMP ­ un geste d’apaisement avec le frère ennemi de la majorité. « Une sucette pour Bayrou », résume un conseiller de Raffarin. Les centristes n’y voient, eux, qu’une « décision de bon sens » qui n’a rien à voir avec la campagne des régionales.

Le principal intéressé y trouve surtout un élément consolidant la pérennité de son poste ministériel. Ces temps-ci, les cadres de l’UMP propageaient volontiers l’idée de son départ à la faveur d’un remaniement technique et l’éclatement de son ministère. Le ministre aura tout fait pour le demeurer. En pleines dissensions chiraquo-centristes, il a cherché l’équilibre, parfois précaire. A quelques heures de la convention de l’UDF qui a entériné l’autonomie centriste pour les régionales, il jurait urbi et orbi fidélité à Chirac et Raffarin. Le jour même de la réunion (samedi dernier), il prenait le risque, devant Bayrou et ses amis, de faire entendre sa musique unioniste. Cela lui a valu quelques sifflets, mais cela l’a aussi aidé à sortir gagnant du Ciadt.

Fort de ce succès, l’élu picard se sent d’attaque pour négocier le virage électoral du printemps. Il laisse volontiers savoir que s’il doit y perdre son maroquin, il n’est pas disposé à conduire la liste de la majorité pour les régionales. Il se sait également incontournable en Picardie. Une récente enquête, commandée par l’UDF, le donne gagnant dans tous les cas de figure. Robien rêve de devenir une exception : ministre et président de région.

Didier HASSOUX



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