Royaume-Uni

Une bonne arme paralysante : le train britannique

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Un journaliste excédé a trouvé une solution pour rendre impossible la guerre en Irak : confier la logistique des armées aux compagnies de trains privées britanniques.

Si Saddam Hussein veut paralyser la Grande-Bretagne au moyen d’une poudre blanche mortelle, pas besoin du bacille du charbon : il suffit qu’il fasse tomber un peu de neige sur le réseau ferré britannique. Mardi dernier, il m’a fallu attendre quarante minutes avant qu’un train ne finisse par arriver, mais il allait dans une tout autre direction que la mienne. Au point où nous en étions, il aurait été malpoli de ne pas y monter, ce que j’ai fait. Tout au long de cette interminable attente, on nous avait régulièrement assuré combien la compagnie South Central Trains regrettait la gêne occasionnée, mais sur un ton qui avait l’air de dire : "Attendez, c’est normal, on a tout de même presque 1 millimètre de neige !..." De la neige en plein hiver ! Qui aurait pu s’attendre à une telle anomalie climatique ? En hiver, donc, les compagnies ferroviaires privées sont surprises par la neige ; en automne, elles sont effarées par les feuilles mortes ; et, bientôt, au printemps, South Western Trains nous priera d’ "excuser les importants retards, dus à une hausse inattendue des températures". Le plus consternant, c’est la résignation des voyageurs. Force est de constater que les compagnies ferroviaires ont réussi ce que les camps de prisonniers de guerre japonais ne sont jamais parvenus à faire : briser le moral de tout le monde — au point que, s’il y avait un attentat terroriste dans une gare, les haut-parleurs annonceraient : "Thames Trains a le regret de vous informer que du gaz moutarde vient d’être répandu dans cette station, ce qui signifie que vous n’en avez pas pour plus de six minutes à vivre." Et chacun alors de marmonner : "Pff... Ça, c’est typique. Et je parie qu’ils ne vont même pas nous rembourser !"

Comment en est-on arrivé là ? Comment, malgré toutes ces technologies, les transports sont-ils si facilement paralysés ? Le phénomène serait-il lié à une privatisation que tous les grands partis de gouvernement jugent irréversible ? La quasi-totalité des usagers sont pourtant convaincus qu’il faudrait renationaliser : le service n’a jamais été plus nul dans toute l’histoire des chemins de fer britanniques. La seule solution sensée consiste donc à confier aux entreprises ferroviaires le soin de gérer aussi les armées britannique et américaine avant qu’elles n’envahissent l’Irak. Cette guerre nous donnerait alors le triste spectacle de milliers de soldats amassés, regardant leurs montres et attendant un char. Les bombardiers tomberaient en panne en plein vol, obligeant l’équipage à sauter et à attendre le suivant. La guerre serait alors annulée et le commandant en chef des armées, acculé à la démission, partirait avec 70 millions de livres d’indemnités.

Article publié dans "The Independent" (Londres).



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