Au Gothard, sur la route du deuxième tunnel

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Le peuple suisse se prononcera le 8 février prochain en votation populaire sur le contre-projet à l’initiative « Avanti », retirée depuis. Prévoyant notamment le doublement du tunnel du Gothard. Rencontre au long de l’autoroute A2 avec partisans et adversaires du texte.

Hansruedi Stadler ne veut pas entendre parler d’un second tunnel routier sous le massif du Gothard. En ce sens, le non du Landammann d’Uri se situe dans la lignée du gouvernement cantonal uranais, qui a officiellement annoncé son opposition au contre-projet à Avanti. Pour le premier, c’est le oui à l’Initiative dite des Alpes décidée par le législateur il y a juste dix ans qui fait foi. Pour le second, il s’agit d’un problème pratique qui s’ajouterait à la réalisation du deuxième tube au tunnel. En effet, l’autoroute A2 qui traverse le canton est étroite, pentue et sinueuse. Un second tunnel supposerait aussi l’élargissement de cette voie et les Uranais, du moins du côté des institutions, repoussent cette idée.

Le canton d’Uri et ses habitants semblent hiberner dans la grisaille et la neige de ce mois de janvier. A la poste du village, la question d’un second tunnel routier sous le Gothard ne fait bondir personne. De la buraliste à la boulangère, en passant par le cantonnier, la position des habitants se résume à un « inutile de dépenser tout cet argent, mais ce ne serait pas mal que les camions passent sans s’arrêter ». Autrement dit, on ne veut pas de second trou sous la montagne, mais il n’empêche que celui-ci aurait ses avantages : moins de pollution atmosphérique et sonore.

Quelques kilomètres plus loin, à Göschenen, le maire avoue ne pas connaître les détails complexes de l’objet de votation. Par contre il s’exprime volontiers sur la question du transit de poids lourds sur l’A2, juste sous les fenêtres du village. Eugen Rottenflüh, qui préfère éviter de s’exprimer en son nom personnel, explique que la vox populi locale « tend plutôt vers un oui au contre-projet », et d’ajouter : « Un deuxième tunnel permettrait de nous débarrasser des colonnes de camions qui s’entassent le long des aires de compte-gouttes, sans parler des interminables bouchons de vacanciers durant la belle saison. En même temps, les habitants de la région craignent que cet élargissement ne provoque immanquablement l’augmentation du trafic déjà existant. »

Traversée des 17 kilomètres du tunnel du Gothard. Versant sud. A Airolo, les avis sont nettement plus tranchés. Pour le maire radical de la première commune située sur le versant sud du massif, Mauro Chinotti, comme pour l’exécutif tessinois, il n’y a pas à tergiverser. Fervent défenseur d’une seconde galerie sous la montagne, le syndic - qui est souvent accusé d’indifférence pour ce qui se passe en dehors des frontières de sa commune - exige également qu’une protection visuelle et phonique de 8 kilomètres soit mise en place, histoire d’éloigner psychologiquement et visuellement l’autoroute de la vie rurale d’Airolo. Pendant les mois d’hiver, la circulation est fluide et les poids lourds en transit roulent paisiblement sur l’A2. « En été, la situation est diamétralement différente, explique un instituteur du village attablé à la cafétéria de la grande fromagerie d’Airolo. Nous suffoquons littéralement sous les gaz d’échappement. »

Un peu plus loin, en contrebas de la vallée, à Piotta, ce sont les mêmes tendances qui se dessinent. Le village est calme, presque vide. Une seule affiche de la campagne « Avanti-Non » illustrant un buste de chamois sur fond de ciel bleu se balance à la fenêtre d’un immeuble inhabité, le long de la route cantonale. Et, ici aussi, un mot-clé prime sur tous les autres : « Sécurité ». Pour Cesare Zamberlini, un jeune commerçant et ancien joueur de l’équipe de hockey d’Ambri-Piotta, un second tunnel n’aurait que des avantages. « Il faut en finir avec ces colonnes de camions. Je traverse souvent le Gothard et, à chaque fois que j’en sors, c’est un soulagement, nous ne pouvons plus nous permettre de nouveaux accidents. »

A Quinto, le ton change sensiblement. Nicola Petrini, secrétaire communal de la petite commune léventine perchée sur le flanc opposé de la vallée, voit mal comment le trafic n’augmenterait pas dans ces conditions. Mais, si ses concitoyens ont lutté avec succès contre la transformation en aire de stationnement pour poids lourds de l’ancienne base militaire de Quinto (projet du conseiller national UDC argovien Ulrich Giezendanner), les avis sur le contre-projet varient et le non n’est pas acquis.

Le maire PDC de Faido, Roland David en fait une question philosophique. Pour cet ingénieur, « la société doit repenser son mode de fonctionnement, élargir le réseau routier n’est qu’une fuite en avant. De plus, dans son ensemble, le contre-projet Avanti désavantage une fois encore les régions périphériques. » Roland David en veut pour preuve les promesses économiques « non maintenues » de l’arrivée du chantier d’Alptransit. Des craintes semblables animent le maire de Bodio, dont la commune se situe à quelques enjambées à peine de l’aire d’arrêt du système dit du compte-gouttes pour les poids lourds, qui oblige ces derniers à s’arrêter le temps de recevoir l’autorisation de redémarrer et de poursuivre leur route à destination du nord. Marco Costi se plaint de ce que « la qualité de l’air a empiré avec l’introduction de cette méthode. » Selon le syndic, l’air était plus respirable avant la tragédie du 11 octobre 2001, bien que des pointes allant jusqu’à 7000 camions par jour aient transité sur l’A2, contre les quelque 4500 de moyenne que l’on enregistre aujourd’hui. Ici aussi, on est déchiré entre l’envie de voir le trafic de marchandises défiler sans halte et le spectre d’une recrudescence de trafic.

De son côté, Marco Balerna, le maire sortant de Locarno, est davantage préoccupé par le rapprochement de sa petite ville aux poumons économiques que sont la Suisse alémanique et la Lombardie.

Plus au sud, une fois passé le Monte Ceneri, la crainte de nouveaux accidents mortels sous le tunnel s’estompe pour faire place à la hantise que suscitent les valeurs record d’ozone qu’enregistre régulièrement le Mendrisiotto durant la période estivale. Pourtant, certains, à l’image de Silvio Tarchini, ne sauraient imaginer les conséquences d’un non dans les urnes le 8 février prochain. « Il en va de l’essor économique du Tessin. Celui-ci passe inévitablement par un réseau de communication moderne et efficace et qui comprend une seconde voie sous le Gothard. » Le créateur des centres commerciaux de luxe Fox Town, dont l’un se trouve précisément à Mendrisio au bord de l’A2, sait de quoi il parle. On lui doit aussi la création de plusieurs centres logistiques dans le sud du canton pour le compte de grandes marques de prêt-à-porter international. « Sans facilités de transport, le Tessin n’est qu’une vaste prairie à l’ombre de la puissante Lombardie. Un canton auquel ces multinationales ne sauraient s’intéresser », prévient l’homme d’affaires.

Comme lui, la droite de l’échiquier politique tessinois chante les louanges d’un second tube sous le Gothard, tels le conseiller national Fabio Abate et les sénateurs Dick Marty et Filippo Lombardi. Pourtant, Claudio Moro, le maire libéral de la ville frontière de Chiasso a choisi le camp adverse. Cet agent fiduciaire, pourtant aguerri aux facéties du monde économique, est convaincu comme les Verts et la gauche que la création d’un second tunnel rimerait avec l’arrivée massive de nouveaux véhicules en direction de la douane de Chiasso-Brogeda. « Ce n’est pas tant cette frontière - amenée à disparaître à terme - qui m’inquiète, mais davantage l’infrastructure routière sur le versant italien, vétuste, étroite et dangereuse, tout à fait inapte à absorber un flux supérieur de véhicules. Et cela ne devrait pas changer à moyen terme. » Et de conclure que « le Gothard est un peu notre patrimoine, et je regrette de constater à quel point nous gérons mal cet avoir national ». D’Uri au Tessin, la campagne bat son plein, mais bien malin celui qui, à ce stade, saurait dire lequel des deux camps aura le dessus le 8 février.



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