Le conseil d’administration de la SNCF a arrêté, mercredi 24 mars, les comptes du groupe. Pour la deuxième année consécutive, et en dépit des pertes affichées par le fret (429 millions d’euros), l’entreprise enregistre un résultat net positif de 11 millions d’euros contre un résultat net de 63 millions d’euros un an auparavant. Le groupe ne manque pas de souligner que le résultat net du premier semestre était négatif à hauteur de 318 millions d’euros. Mais le redressement est en partie dû aux plus-values sur cessions d’actifs, notamment la vente de la participation minoritaire dans la Compagnie nationale du Rhône. Ces ventes ont rapporté 306 millions d’euros à l’entreprise. Des cessions d’actifs qui devraient malgré tout rester mesurées et se faire au rythme des besoins de l’entreprise, a assuré Louis Gallois, le président de la SNCF, qui ne prévoit pas de "ventes de participations significatives en 2004".
A contrario, les coûts de restructuration au sein de la maison mère, notamment sur le plan de sauvetage du fret et de certaines filiales comme le Sernam, CNC ou Geodis, ont été de 100 millions d’euros. Le résultat courant - le solde entre le résultat d’exploitation et le résultat financier - s’améliore. La perte courante n’est plus que de 121 millions d’euros en 2003, contre 137 millions en 2002.
"Cela a été une année difficile sur le plan conjoncturel et social mais nous avons été surpris par la réactivité des cheminots", a commenté M. Gallois, en saluant les retombées du plan d’économie Starter - lancé après les grèves du printemps 2003 et qui avaient coûté 250 millions d’euros - qui a permis de "gagner" 150 millions d’euros, contre les 100 millions attendus. Les résultats ont donc été globalement en progrès dans une "année particulièrement difficile", a-t-il ajouté, mais la SNCF a réussi à maintenir un niveau d’investissement élevé, représentant 12 % d’un chiffre d’affaires de 22,5 milliards d’euros. Bien qu’en légère baisse, son endettement reste élevé, à 8,2 milliards d’euros.
Pour M. Gallois, qui ne prend pas en compte les subventions reçues, l’entreprise ne "perd pas de cash, elle en crée". En dépit d’une conjoncture économique, en France et en Europe, qui s’est traduite par une activité réduite chez les industriels utilisateurs du fret, d’un contexte géopolitique international qui a pesé sur les trafics de voyageurs à l’international et des conflits sociaux du printemps 2003, M. Gallois estime que "c’est une SNCF renforcée" qui est sortie de ces crises. Les objectifs stratégiques concernent surtout le fret, l’activité la plus déficitaire, qui affiche en 2003 un recul"significatif" de son chiffre d’affaires (6,28 milliards d’euros, contre 6,34 milliards d’euros en 2002). Selon le président de l’entreprise, "le plan se poursuit conformément aux prévisions". Une meilleure organisation a même permis de réduire de 10 % le parc de locomotives, à trafic constant. Mais ces améliorations ne sont pas forcément perçues par les utilisateurs, convient le président : "Nous commençons à sentir les premiers effets, mais les changements de modes de production entraînent... des dysfonctionnements."
Pour renforcer son offre, La SNCF a signé, jeudi 25 mars, un contrat portant sur l’acquisition de 400 locomotives diesel, destinées au fret, auprès d’Alstom et de Siemens. Le conseil d’administration avait approuvé en février une commande de 500 machines, dont 400 ferme, pour un montant maximal de 1,065 milliard d’euros. Il y a trente ans que la SNCF n’avait pas commandé de locomotives diesel.
Par ailleurs, les montants des péages acquittés auprès de Réseau ferré de France (RFF) continuent de peser sur les comptes : en 2004, les péages augmenteront de 60 millions d’euros sur un total de plus de 2 milliards d’euros. En ce sens, selon un calcul effectué par l’entreprise, si le montant des péages avait été neutralisé entre 1997 et 2003, le résultat courant de la SNCF se serait amélioré sur la période de 1,2 milliard d’euros.
Si l’augmentation du montant des péages en 2004 va peser sur les comptes de l’entreprise, il est une autre facture qui provoque le courroux de Louis Gallois, celle de l’électricité. Pour l’exercice en cours, la facture de la SNCF va augmenter de 40%, soit de 122 millions d’euros, pour passer de 345 millions d’euros à 467 millions. Avec 8 milliards de kilowattheures - près de 2% du total de l’électricité consommée en France -, la SNCF est le troisième client d’EDF, derrière le site nucléaire Eurodif et le sidérurgiste Arcelor. Mais si Eurodif ne paie que 500 000 euros au titre de la contribution au service public d’électricité (CSPE), soit le montant plafonné par site, la SNCF est "considérée comme un ensemble de PME" qui paie plusieurs fois ce montant pour atteindre 37 millions d’euros, auquel s’ajoutent 130 millions pour Réseau de transport d’électricité (contre 109 millions en 2001) et 295 millions pour EDF.
La SNCF a renégocié ses contrats au mois de février et essaie de faire jouer la concurrence. Elle a désormais un nouveau contrat sur deux ans. Sur sept lots, EDF en a conservé cinq, et Gazelys, filiale de GDF, en a obtenu deux.