L’Europe des cheminots rejette le modèle britannique

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Six fédérations syndicales de la SNCF appellent à se mobiliser vendredi contre les conséquences de la libéralisation en Europe, et à une grève nationale le 18 mars.

Échaudés par le mauvais exemple de la Grande-Bretagne, où la privatisation des chemins de fer a multiplié les catastrophes, les cheminots français, espagnols, allemands, belges, italiens... n’ont pas l’intention de regarder le train de la libéralisation écraser les garanties sociales et menacer la sécurité des salariés et des usagers. Le 14 mars, ils se mobiliseront dans toute l’Europe et, le 18, en France, les trains resteront à quai, six syndicats ayant déposé un préavis national de grève. Vendredi, ils manifesteront à Berlin pour refuser un dumping social, ressemblant étrangement aux pratiques en cours dans le transport routier, où certains n’hésitent pas à s’asseoir sur la sécurité. Car on libéralise le rail sans avoir défini les règles, à tel point que des conducteurs pourraient se retrouver aux commandes de locomotives sans posséder les licences requises.

Organisées par la Fédération européenne des travailleurs du transport et, en France, par six syndicats (CGT, CFDT, FO, CFTC, UNSA et FGAAC), ces actions se dérouleront la veille de la date limite de transposition dans chaque État membre de l’UE des lois baptisées " premier paquet ferroviaire " et de la libéralisation, samedi prochain, du trafic fret transfrontalier. Lors de l’examen du deuxième paquet ferroviaire, le 14 janvier, la députée européenne (GUE) Sylviane Ainardi remarquait que " le maintien d’un haut niveau de sécurité est incompatible avec les exigences du marché " (l’Humanité du 17 janvier 2002) . C’est l’opinion des syndicats, qui exigent du Conseil européen des ministres des Transports, qui se réunira le 27 mars, qu’il refuse à la sous-traitance la possibilité d’effectuer des missions de sécurité et maintienne les conditions actuelles de la formation des personnels. Les syndicats demandent aussi au gouvernement français de s’opposer aux décisions du Parlement européen, interpellent le ministre Gilles de Robien, qui s’était engagé à obtenir un bilan de la mise en ouvre des premières directives européennes sur le rail.

L’ouverture totale à la concurrence est prévue pour le fret en 2006 et pour les voyageurs en 2008, à moins que des directives ne viennent accélérer le calendrier. Le Journal officiel a publié le 8 mars dernier le décret d’ouverture du réseau ferré national à des entreprises étrangères pour le transport de marchandises. Par ailleurs, commandité par le gouvernement Raffarin, le rapport Barbier de la Serre, dont des indiscrétions ont révélé la teneur, confirme la volonté du pouvoir actuel de se désengager, de transformer la SNCF en société anonyme. Enfin, le gouvernement étrangle littéralement le chemin de fer français et impose à la SNCF un budget 2003 qui prévoit une baisse des effectifs.

Les cheminots comme les usagers du rail ont de quoi s’inquiéter. Après avoir renoué avec l’augmentation du trafic et l’embauche de jeunes lorsque le communiste Jean-Claude Gayssot était ministre des Transports, la SNCF a changé de voie avec Gilles de Robien et Dominique Bussereau. Précédant le président de la Fédération patronale des Transports, Giancarlo Cimoli, qui déclarait en janvier " nous avons changé, nous soutenons la libéralisation, ce n’est pas très facile pour nous, mais nous devons être plus compétitifs ", le président de la SNCF, Louis Gallois, avait indiqué en novembre 2002, lors d’une convention consacrée au projet industriel de l’entreprise : "Jouer l’Europe à 100 %, c’est aussi en accepter les règles du jeu, et en particulier, dans la logique du marché unique, les règles de la concurrence".

Ce n’est pas l’avis des syndicats, qui entendent non seulement obtenir "la mise en place d’un cadre social reprenant les garanties fournies par le statut des cheminots, qui serait applicable et opposable à tout nouvel opérateur ferroviaire sur le territoire national", mais aussi "un cadre réglementaire garantissant la formation, les compétences et les conditions d’utilisation du personnel en interopérabilité transfrontalière". Il s’agit pour eux, en défendant leur statut et en s’opposant à l’ouverture à la concurrence, de défendre le service public.



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