Évidemment, quand les trains restent à quai le président de la SNCF est grognon. « En cette période où la situation économique n’est pas facile et où les échéances diplomatiques sont très lourdes, une grève de la SNCF me paraît à contretemps », a fait savoir Louis Gallois. Il reste que le mécontentement des cheminots (qui ne sont pas les derniers à se mobiliser contre la guerre en Irak) est profond. La grève nationale annoncée pour ce mardi à la SNCF par six fédérations syndicales (CGT, CFDT, FO, CFTC, UNSA et FGAAC), et à laquelle s’est rallié Sud rail, devrait être l’une des plus puissantes depuis le printemps 2001.
Ainsi, après la spectaculaire mobilisation des cheminots de toute l’Europe, vendredi dernier, pour s’opposer à la libéralisation du fret ferroviaire à l’échelle européenne, qui est entré en service le lendemain |1|, avec des conséquences non maîtrisées en matière de sécurité, à tel point que Jean-Yves Petit, de la CFDT, refuse de « voir arriver sur le rail le système qui existe en mer avec les pavillons de complaisance », ce mardi devrait, à nouveau, exprimer l’opposition des cheminots à l’ouverture à la concurrence. Pas seulement. Les sujets d’inquiétude sont nombreux. Baisse des effectifs et abandon de projets comme la deuxième phase du TGV Est ou le Lyon-Turin, désengagement de l’État, en recul sur les moyens humains et matériel, le budget 2003 de l’entreprise a été rejeté par l’ensemble des organisations syndicales, car il est considéré comme « une rupture avec la politique menée par la SNCF ces dernières années », fait remarquer Didier Le Reste, le secrétaire général de la Fédération CGT des cheminots.
Une rupture que confirme le secrétaire d’État aux Transports, Dominique Bussereau, qui, prenant quelque peu ses désirs pour des réalités, a déclaré ce week-end que la grève « n’a pas de motifs immédiats (...) la SNCF a changé (...). Il est loin le temps où Jean-Claude Gayssot (le précédent ministre communiste des Transports — NDLR) se battait contre toute libéralisation ». Cependant, le fossoyeur d’Air Lib fait l’impasse sur la colère des cheminots qui jugent l’audit commandé par le gouvernement aux sénateurs Haenel et Gerbaud sur l’avenir du fret ferroviaire comme un plaidoyer partisan en faveur du tout-routier.
|1| Conformément aux décisions prises par la majorité de droite du Parlement européen, l’ouverture à la concurrence est effective sur le réseau transeuropéeen de fret ferroviaire depuis le 15 mars, elle sera étendue à l’ensemble du réseau en 2006 pour le transport de marchandise et à compter de 2008 pour les voyageurs.