
Quel est le prix à payer pour que, face à la concurrence des pays de l’Est, une industrie métallique puisse continuer ses activités ? Au sein de « Roues et trains montés » (RTM), délégation syndicale et direction ont choisi ensemble de sacrifier 25 % du personnel ouvrier et d’investir dans une machine automatique de 2 millions d’euros. Ce qui réduit de 65 % les lourdes opérations de manutention qui pénalisaient jusque-là l’entreprise active à Seraing et doit permettre de diminuer le prix de revient de 10 %.
Désormais, donc, dans le vaste hall industriel situé à côté de CMI, 40 personnes sont appliquées à la relance d’une des dernières productions d’éléments ferroviaires en Belgique. Auparavant, nous avions des tours individuels qui nécessitaient beaucoup d’allées et venues dans l’usine. Maintenant, nous n’avons plus qu’un seul clarkiste, explique le directeur Patrick Marchettini à côté des roues de 800 tonnes, fraîchement usinées. Si nous n’acceptions pas de réduire le personnel, nous étions voués à l’extinction. Les ouvriers ont d’ailleurs accepté une réduction de salaire pour financer en partie le départ à la prépension de dix de leurs camarades, déclare Michel Granata délégué syndical FGTB. Maintenant, on espère que l’activité va reprendre et que l’on engagera du personnel. De 12.000 pièces produites annuellement, la direction de RTM compte passer à 24.000 grâce à la nouvelle machine d’usinage.
Forgés à Dunkerque, dans une entreprise sœur du groupe Valdunes qui fabrique des roues grande vitesse pour le TGV, les roues et essieux arrivent à Seraing pour être usinés à façon, selon les caractéristiques demandées par le client. Si la SNCB constitue près de 70 % du marché final de RTM, l’ex-filiale de Cockerill fondée en 1835 compte des clients un peu partout dans le monde, là où des roues et essieux spéciaux sont demandés. RTM fournit des essieux montés avec moteur et freins pour les chemins de fer belges et se charge également de la maintenance. Dès qu’un wagon a usé ses roues, l’essieu prend la direction de RTM et est pourvu de roues flambant neuves. Un des marchés prometteurs est d’ailleurs la réalisation de rames spécifiques pour le RER bruxellois. Plus prometteur encore : la réalisation de roues « low noise » censées réduire de 5 à 7 décibels le bruit généré par les trains de marchandises. Nous injectons dans la roue des segments fabriqués à base de polymères, ce qui limite sa résonance, explique Michaël Bayet, directeur technique chez RTM. Un essai grandeur nature est en ce moment réalisé entre Hermalle et les Pays-Bas : 120 essieux de ce type ont été installés sur un convoi marchandises et des capteurs ont été posés à proximité de la ligne pour mesurer l’impact de la nouvelle technologie. C’est une première mondiale, souligne l’administrateur délégué de RTM qui compte sur ce produit pour relancer l’entreprise.
Cockerill. RTM a été fondé en 1835 par John Cockerill afin d’équiper les premiers trains commandés par Léopold Ier. De Cockerill-Sambre à Usinor, la société est passée sous le contrôle du holding Freedom Forge Corporation avant d’être reprise par le groupe Valdunes qui possède deux usines similaires, à Dunkerque et à Valenciennes (600 emplois), et équipe en roues et essieux les rames du TGV.
Clients. Parmi les clients RTM, on trouve la SNCB, la SNCF, Nedtrain, Bombardier, Alstom, Siemens, Trinity Rail...