Patrimoine

Voyage d’adieu à l’autre Vennbahn

Plus de 120 passionnés ont sillonné les lignes 45 et 48 avant un ultime voyage le 18 septembre

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Le désengagement de l’armée sonne le glas de la ligne Trois-Ponts - Bullange. Pour rallier Elsenborn, l’armée préfère la route. Nostalgiques, en voiture !

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Un convoi militaire de passage dans la campagne, entre Malmedy et Waimes. Une image révolue.

Sur le quai numéro 3 de Trois-Ponts, l’amertume teintée de frénésie entre en gare. Un autorail bondé de passionnés du rail qui viennent célébrer, non sans bonne humeur, le trépas de la voie qui mène à Bullange et Sourbrodt. Une meute de photographes amateurs bondit sur la cendrée pour fixer à jamais ce voyage d’adieu. À l’intérieur, accoudés tels deux vieux copains, Raymond et Serge contemplent la campagne tripontaine. Nous, on ne descend pas. On immortalise avec nos yeux ! Quelques coups de sifflet et l’autorail entame sa montée vers le plateau des Fagnes. Une voie unique qui, partant d’une altitude de 260 mètres, mène notamment au point culminant du réseau belge à 610 mètres. J’aurais préféré un train un peu démodé, obsolète, souligne Raymond. Mais, l’important, c’est d’être du voyage.

Dès ce premier septembre, l’armée n’entretiendra plus les lignes 45 et 48 qui lui permettaient d’acheminer du matériel lourd type blindés à chenilles au camp d’Elsenborn en vue d’exercices militaires. Tout comme la SNCB a cessé de les entretenir après la fin du trafic marchandises. L’armée n’avait besoin de cette voie que deux fois par an. Et, pour cela, elle devait louer les trains et assumer l’entretien des lignes dont le coût avoisinait les 100.000 euros par trimestre. De plus, le contexte de la guerre froide ayant disparu, la ligne n’a plus aucun avenir stratégique. Le matériel lourd sera acheminé par route, indique Gérard Harveng, porte-parole du ministre de la Défense nationale André Flahaut.

L’autorail gifle les hautes herbes à une vitesse de 40 km/h compte tenu de l’état de la voie. À l’approche d’un petit passage à niveau non signalé, le train ralentit à 5 km/h, marque un léger arrêt, siffle et puis repart. La rouille grasse du rail est chassée à coup de jet de sable pour éviter le patinage. Je me méfie des gens qui se promènent dans les bois et pensent que le train ne passe plus, explique le conducteur familier de la ligne. Un jour, en hiver, je suis tombé nez à nez avec une course de ski de fond ! Certains sont aussi chargés de souvenirs qu’un convoi de 600 tonnes. Je me rappelle des derniers trains de bois qu’on tirait avec deux locos type 55, raconte Josy Depierreux. C’était du bois qui venait de Russie à destination de la scierie Pauls de Bullange. Le dernier voyage a eu lieu en novembre 2003. Pas assez rentable apparemment. Ne jamais dérailler sur les détails semble être la devise des passionnés de chemin de fer. Sinon, on se retrouve vite sur une voie de garage. On ne m’apprend rien ici, note le machiniste à la retraite. Mais je tenais à être du voyage, c’est sentimental.

Stavelot, Masta, Meiz, Malmedy... Les haltes se succèdent avec chaque fois un arrêt photo où une cinquantaine d’appareils mitraillent le train d’adieu en gare tandis que, sur le trajet, d’autres se sont postés sur un pont, dans une ancienne guérite, en rase campagne pour réaliser « le » cliché. Roger, lui, a fait plus simple : il a posé sa caméra sur le tableau de bord de l’autorail. Elle filme tout en continu.

Passé Malmedy, l’autorail part à l’assaut du relief accidenté. La voie sinueuse laisse découvrir les charmes d’un paysage digne de la petite Suisse tandis que, surprises, les vaches entament une course folle. Le train arrive en gare de Wévercé (Weywertz). Les amateurs de photos rares sont aux anges. Le chef de gare est venu expressément d’Eupen pour accrocher le drapeau vert à un des derniers signaux manuels de Belgique, histoire que le train puisse poursuivre sa route vers Bullange. On respecte scrupuleusement les réglementations, déclare Jean Renard, président du GTF — organisateur du voyage. Tant que le camp d’Elsenborn existe, nous trouvons dommage que l’armée ferme la ligne. Et si, conjointement à l’utilisation militaire, le transport de bois pour la scierie était maintenu, une exploitation touristique pourrait être envisagée. En attendant, un dernier pèlerinage sur la ligne aura lieu en autorail le 18 septembre.

« La Vennbahn, chronique d’une fin annoncée », éditions GTF. Prix : 13,5 euros (2,7 euros pour les frais d’envoi) à verser sur le compte 000-0896641-70 de GTF ASBL, BP 191, 4000 Liège.



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