Partout en France, le tramway renaît de ses cendres

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Victime du développement de l’industrie automobile avant la Seconde Guerre mondiale, le tram connaît un nouvel essor lié à l’engorgement véhiculaire des centres-villes.

Il y en avait partout, de Lille à Valenciennes, et même jusqu’à Alger la blanche, encore sous le joug colonial. Il y en avait à l’est, à Colmar, Belfort ou Maubeuge, et un peu moins à l’ouest, à Nantes et Rouen. C’était les années trente, le début du XX[^e^] siècle, et le tram faisait florès dans une trentaine de villes de France.

Des chevaux à l’électricité

C’est au moment où se développent les chemins de fer dans les pays industrialisés d’Europe que l’on commence à penser à mettre sur des rails métalliques les omnibus à chevaux qui circulent dans les villes. Pour économiser l’énergie, améliorer le rendement et donner un peu plus de confort aux passagers. La première ligne New York-Harlem ouvre, en 1832, aux États-Unis. La seconde entre en service, deux ans plus tard, à La Nouvelle-Orléans. À Paris, il faudra attendre 1855 pour voir fonctionner la première desserte régulière entre Rueil et Port-Marly. Puis ce sera Lille, en 1867, et Paris, avec un réseau de 22 lignes, en 1873. Partout, ce sont des véhicules, tirés par des chevaux, qui transportent les voyageurs, vitesse et confort supérieurs à ceux des omnibus. Mais les évolutions technologiques vont vite et l’on va se tourner vers la traction mécanique d’abord, puis, dès 1881, vers l’électricité, qui, sans bruit ni fumée, remplacera avec succès, dans les villes, les autres modes de traction. Le train, néanmoins, préférera encore longtemps la vapeur. Après Richmond, aux États-Unis, en 1888, la première ligne de tram électrique voit le jour en France, en 1890, à Clermont-Ferrand, alimentée par un tube aérien dans lequel glisse une navette reliée par câble au système d’alimentation des moteurs. Dans la dernière décennie du XIX[^e^] siècle, commencent à fleurir des lignes, à Lyon, à Paris, à Marseille et à Lille. Très vite pourtant, dès 1932, l’industrie automobile en expansion va commencer à saper les réseaux des tramways au profit des autobus et trolleybus. Le tram de Paris disparaît en 1937. Pour les autres, ce sera après la guerre. En 1960, tout est dit. La voiture devient reine et seuls quelques trams circulent encore à Lille, Marseille et Saint-Étienne.

Le retour de manivelle va se faire sentir au début des années quatre-vingt : pollution et engorgement des villes. On cherche des solutions. On crée des zones piétonnières, on développe les autobus, on construit des parkings, des moteurs propres et on commence à parler du retour du tram.

Pionniers de l’ère moderne

Du grand réseau marseillais, seule a subsisté la ligne 68 avec ses trois kilomètres de Saint-Pierre à Noailles. Marseille, qui a opté pour le métro, envisage néanmoins de relancer son réseau tram, avec l’extension de la ligne existante pour 2007 et deux créations pour 2011. A Saint-Étienne où le tram a vu le jour il y a plus de 120 ans, malgré les vicissitudes qu’il a connues, ce moyen de transport n’a jamais disparu. Mieux, la ville a été la première, dès 1974, à moderniser et étendre sa ligne. Un petit réseau de neuf kilomètres avec 35 rames qui a servi de référence aux villes qui souhaitaient retrouver leur tramway. En 2005, la seconde ligne stéphanoise sera mise en service. Et puis Nantes, "ville tram" depuis 1985, avec ses trois lignes et ses 45 kilomètres de réseau.

Seules trois villes françaises, Marseille, Lille et Lyon cumulent aujourd’hui tram et métro. Déjà, dans la région parisienne, deux lignes sont en service entre Noisy-le-Sec et Saint-Denis et entre la Défense et Issy-la-Plaine. Paris se joindra bientôt au concert avec le chantier du tramway des maréchaux sud (TMS). Et cela malgré les anti-tram qui se divisent en trois groupes. Le premier s’oppose simplement à ce mode de transport. Le second fait du harcèlement politicien. Restent « les nostalgiques de la petite ceinture ferroviaire », comme les appelle Denis Baupin, adjoint au maire de Paris, qui veulent que la ligne soit rouverte au trafic ferroviaire, fret et voyageurs. Ils n’inquiètent guère Denis Baupin, adjoint au maire de Paris : « Le projet TMS est passé par toutes les étapes de procédure, devant une cinquantaine de services de l’État, avant d’être approuvé. Nous sommes en règle et ceux qui s’y opposent mènent un combat d’arrière-garde. Il est difficile de penser aujourd’hui qu’un juge prendra la responsabilité de suspendre, pour plusieurs mois, ce chantier ». Si bien qu’entre le pont du Garigliano et la porte d’Ivry, les travaux continuent et que la mairie de Paris entend toujours inaugurer la ligne en 2006. Et, tant qu’aucun projet viable n’existe pour la petite ceinture ferroviaire qui appartient à Réseaux ferrés de France (RFF), la maire de Paris propose d’y implanter « une coulée verte réversible ».

Ailleurs en France, on a choisi tramway ou métro : Rennes et Toulouse sont métro. Bordeaux, Strasbourg, Caen, Grenoble, Orléans, Saint-Étienne et Montpellier ont opté pour le tramway. En projet ou en cours de construction, Le Mans (2006), Valenciennes (2006), Nice (2006), Mulhouse (2007), Toulon (2009), Rouen, Tours, Angers et enfin, boucle bouclée, Clermont-Ferrand, la ville ancêtre du tram, qui va bientôt inaugurer sa seconde ligne. Sur pneus. Michelin oblige.



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