Environ 3 ans et demi après l’accident ferroviaire de Pécrot, le tribunal de police de Wavre a rendu mercredi un verdict sévère -et d’exception- pour la SNCB. L’entreprise ferroviaire a été jugée pénalement responsable de la collision du 27 mars entre 2 trains et qui avait fait huit morts. Dans l’arrêt de 42 pages et suffisamment motivé, le tribunal relève que 9 agents ont commis des fautes ayant contribué à la survenance de l’accident. Mais la faute la plus grave a été commise par la SNCB. D’une part, elle a confié l’un des trains à un jeune conducteur inexpérimenté, circulant pour la première fois sur la ligne 139 et qui avait déjà fait l’objet d’une sanction pour non-respect -le 13 février 2001- d’un signal en phase rouge.
Il a repris le travail, six jours avant l’accident dans lequel il a aussi perdu la vie. D’autre part, un autre agent impliqué dans l’accident n’avait que 3 mois de service lors des faits. « Le tribunal retient en définitive qu’au vu de l’attitude prise par chacun des agents, il est établi qu’ils ont tous mal réagi face à une situation de crise. Ces mauvaises réactions sont la conséquence d’une absence de formation adéquate dans le chef de la SNCB qui n’a pris aucune disposition suffisante pour permettre à ses agents de réagir face à une situation de crise grave », lit-on. Il a fait sien les considérations d’un ingénieur de la SNCB qui a relevé que « le personnel intervenu après le dépassement de signal n’était pas suffisamment entraîné à faire face à ce genre de situation, ne connaissait pas toutes les informations requises et ne savait pas utiliser les moyens techniques disponibles ».
Le tribunal conclut que la SNCB a manqué de prévoyance et de précaution et que même si elle a un règlement, souvent mis à jour, il est insuffisamment expliqué aux agents. Il l’a donc condamnée à une amende de 99157,41€ avec un sursis de 5 ans, à condition qu’elle affecte la somme à des aménagements de sécurité dans 3 ans. « Nous prenons acte du jugement et allons l’analyser sereinement avant de décider d’aller en appel », déclare MeGérard Kuyper, conseil de la SNCB.
L’entreprise indique qu’elle a 15 jours pour arrêter sa position et qu’elle n’a pas attendu le verdict pour s’occuper de la sécurité. Elle a décidé de consacrer 500 millions d’euros à un nouveau système de radio et de contrôle des trains et des signaux d’ici 2012. Les conducteurs ont dorénavant un GSM dans leur cabine et peuvent être contactés à tous moments, mais encore faudrait-il qu’il y ait une couverture effective dans la zone.
Le tribunal a renvoyé au 8 décembre la réouverture des débats au civil. « C’est jugement équitable. Le monde politique doit accorder les moyens nécessaires à la SNCB pour la formation et la sécurité », dit Georges Ravet, ex-agent SNCB et dont la fille, accompagnatrice, a perdu la vie dans l’accident. « Je me réjouis que l’intégralité de l’amende soit affectée à la sécurité. La SNCB doit revenir à son métier de base : s’occuper des voyageurs et de leur sécurité », renchérit Michel Claes, dont l’épouse Gabriela a péri dans le drame.