Entretien

« La SNCB va au-devant d’un clash »

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José Damilot menace de bloquer la réforme des structures de l’entreprise. Il dénonce un manque de concertation dans le chef de la direction sur divers sujets. Le patron de la CGSP Cheminots craint pour la reprise de la dette.

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La SNCB va-t-elle au-devant de difficultés ?

Probablement et pour diverses raisons. Moi-même, j’ai l’impression d’avoir été roulé dans la farine. J’ai signé des accords sociaux et des conventions collectives dans ma vie, mais pour la première fois je me demande si je n’ai pas commis une erreur importante en signant l’accord qui accompagnait le plan d’entreprise. Il s’agissait d’un accord cadre et la tradition voudrait qu’il donne lieu à des discussions de mesures d’exécution en commission paritaire. A la tête de la SNCB, on croit que l’accord d’avril réglait tous les problèmes et qu’on pouvait exécuter les mesures opérationnelles sans consulter les syndicats. Karel Vinck a reconnu dans une lettre au personnel qu’il y a eu des ratés à mettre sur le compte de fonctionnaires zélés. J’ai plutôt l’intime conviction que cela procède d’une stratégie générale. Je vois aujourd’hui que chaque directeur général avance dans ses mesures en ignorant les syndicats.

De quels ratés parle M. Vinck ?

Il citait l’exemple de la fermeture des guichets. La SNCB a décidé de fermer une quarantaine de guichets parce qu’ils ne produiraient pas suffisamment de recettes. L’information est communiquée au personnel alors qu’il n’y a jamais eu de concertation avec les syndicats.

On ne s’est pas posé la question de savoir si la fermeture des guichets, qui signifie disparition du personnel dans les gares, entraînerait des conséquences en termes de présence, de sécurité (voyageurs, personnel) et de vandalisme. En supprimant les guichets, on reporte les difficultés sur l’accompagnateur de train, car le passager doit payer son ticket. Or le phénomène d’agressions des accompagnateurs est en explosion à cause de la régularisation des voyageurs dans le train.

La grève de jeudi préfigure-t-elle des actions plus dures ?

Ce qui va se passer lundi ne sera pas négligeable. Nous avons décidé de ne plus participer aux réunions paritaires. Nous bloquons ainsi le fonctionnement paritaire de la société et nous avons dit que nous le bloquerions jusqu’à ce que la société se ressaisisse et manifeste clairement son intention de revenir à des pratiques plus normales. M. Vinck nous a immédiatement écrit pour nous inviter à une réunion au sommet avec toute l’armée des directeurs généraux, qui aura lieu lundi pour essayer de repartir sur de bonnes bases. Mais je n’y crois pas du tout. Je suis intimement convaincu qu’il y aura un clash lundi. Il nous appartient donc de décider de la suite des événements. Nous avons deux possibilités : le rapport de force social classique qui va obliger la société à revenir à de meilleurs sentiments avec toutes les conséquences que cela entraîne pour les voyageurs et les cheminots qui perdent leurs journées ou la bombe atomique.

C’est quoi, la bombe atomique ?

C’est que le syndicat dise qu’on arrête la réforme. Je détiens le bouton. Aujourd’hui, l’arrêté royal constituant Infrabel et le fonds d’investissement ferroviaire a été publié au Moniteur le 14 juin. Le texte relatif à l’opérateur ferroviaire est revenu du Conseil d’Etat (CE) et devrait être publié dans la quinzaine, mais le CE attire l’attention de l’auteur du projet sur un point capital. Le texte prévoit que la répartition du personnel entre les trois sociétés fasse l’objet d’une convention qui doit recevoir l’accord préalable de la commission paritaire statuant à la majorité des deux tiers. Donc, si nous disons non à la convention, la réforme s’arrête. Et au moment où je vous parle, je n’ai pas l’intention de signer cette convention.

Pourquoi ?

Parce qu’aujourd’hui, déjà dans le cadre d’une société encore unique, nous sommes confrontés à des mouvements centrifuges où chacun agit pour son compte avec des initiatives intempestives. Qu’en sera-t-il demain avec les trois structures ? Je ne vais pas dérouler le tapis rouge à ceux qui rêvent de politiques centrifuges susceptibles de mettre en péril l’édifice. Je veux que les mesures d’exécution du plan d’entreprise soient réglées avec la SNCB actuelle et non demain avec 3 patrons différents avec des conceptions différentes.

Il y a aussi une crainte sur les départs ?

C’est vrai. Il y a une donnée incroyable que nous avons découverte. La SNCB s’est engagée dans l’accord du 1er avril à maintenir le cadre du personnel à 38000 postes au 31 décembre 2005. Pendant les vacances, un autre document sort et on y parle de blocage de postes pour arriver à 37312. On se fout de notre gueule.

Quid de la reprise de la dette par le fédéral ?

Elle est loin d’être garantie. Il y a des échos divergents qui nous inquiètent et qui nous font croire que la reprise pourrait être étalée dans le temps. Le cabinet Vande Lanotte est optimiste mais les échos du ministère des Finances sont plutôt pessimistes. Il semble en effet que la reprise de la dette en une seule fois mettrait le budget fédéral en difficulté.



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