Coup de frein à la privatisation des chemins de fer en Allemagne

AFP, vendredi 24 septembre 2004,

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BERLIN. Le gouvernement allemand a mis un frein au projet de privatisation du dernier grand groupe public, la compagnie des chemins de fer Deutsche Bahn, par crainte de devoir payer l’addition sur le plan électoral alors qu’il accumule déjà les revers dans les scrutins régionaux.

Officiellement, c’est la société elle-même qui cette semaine par l’intermédiaire du président du conseil de surveillance Michael Frenzel, a reconnu que son objectif d’une entrée en Bourse avant l’été 2006, quelques mois avant les prochaines législatives, n’était "pas réaliste".

Mais il ne fait guère de doute que la décision a été prise au plus haut niveau. Jeudi soir, le chancelier Gerhard Schroeder lui-même a prédit l’opération "dans un laps de temps compris entre 2006 et 2008".

De surcroît, M. Frenzel, également patron du voyagiste TUI, est réputé proche du chancelier. Et, c’est après un long entretien avec ce dernier — trois heures, raconte la presse — qu’il a publié son communiqué.

Pour le journal Rhein-Neckar Zeitung, la chose est entendue : "Schroeder a dissuadé (la Bahn) d’une entrée en Bourse en 2006. (...) Le chancelier, qui a déjà Hartz IV sur les bras, ne veut pas de nouveau débat pénalisant".

"Hartz IV" est le nom du dernier volet impopulaire de la réforme gouvernementale du marché du travail qui prévoit des coupes dans les allocations chômage de longue durée. Il a fait descendre des dizaines de milliers de manifestants dans les rues et a contribué aux récentes défaites électorales du parti social-démocrate.

Dans ce contexte, "Gerhard Schroeder n’a pas voulu être entraîné dans les remous des mauvaises nouvelles et des augmentations de prix" à la Deutsche Bahn, relève également le quotidien libéral Die Welt.

Car la compagnie est soupçonnée d’avoir voulu entrer en Bourse à tout prix, quitte à embellir ses résultats chroniquement déficitaires.

Elle a d’abord restreint ses investissements, notamment pour l’entretien du réseau, en rejetant la responsabilité sur son propriétaire, l’Etat, obligé de réduire ses dépenses pour contenir le dérapage de ses déficits.

Et puis en début de semaine, elle a annoncé une hausse de ses tarifs, officiellement à cause de la flambée des prix de l’énergie.

Cela a relancé les interrogations sur l’intérêt d’une privatisation pour les usagers, compte tenu du précédent britannique peu enviable, et surtout sur la réelle maturité de la Bahn pour se lancer sur le marché.

Cette préoccupation avait motivé cet été le recrutement par Berlin de la banque d’investissement américaine Morgan Stanley, chargée d’évaluer les préparatifs et dont le bilan a été globalement négatif.

"On veut empêcher à tout prix qu’il y ait juste avant les élections législatives un fiasco comme celui du péage autoroutier pour poids-lourds", qui a valu une pluie de critiques au gouvernement à la suite de reports à répétition, avait alors relevé une source parlementaire.

Mais l’annulation de l’entrée en Bourse n’est pas sans conséquences.

Les appels à la démission du patron de la Bahn, Hartmut Mehdorn, se font très pressants, y compris parmi les députés du parti écologiste, membre de la coalition gouvernementale.

Gerhard Schroeder assure toujours le soutenir. Mais pour combien de temps ?

Mehdorn est "un homme mort", estimait vendredi le Berliner Zeitung. "S’il peut rester, c’est parce que le gouvernement n’a pas trouvé de successeur et qu’il veut éviter des remous pénibles".

Le report risque en tout cas de remettre sur le tapis la question d’une privatisation limitée ne portant pas sur le réseau ferré. L’opposition conservatrice, donnée aujourd’hui favorite pour les élections de 2006, privilégie ce scénario refusé par la Bahn.



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