Vendredi, l’assemblée générale des actionnaires de la SNCB a donné lieu à un échange nourri de questions-réponses entre les actionnaires privés et le management de l’entreprise.
"La survie à long terme de la SNCB et la satisfaction des clients sont mes deux priorités principales. La tâche est complexe, mais une bonne collaboration entre direction, syndicats et gouvernement nous permettra de trouver une solution valable pour sortir l’entreprise de sa situation précaire", a déclaré Karel Vinck. La perte pour 2002 est de 911,7 millions d’euros, malgré un chiffre d’affaires (CA) de 2,25 milliards (en hausse de 3,6pc par rapport à 2001).
S’il a confirmé les départs naturels de 5000 agents en 2007, il a toutefois refusé d’admettre qu’ils ne suffiraient pas à juguler les coûts de production de l’entreprise, comme cela transparaissait dans la synthèse de son plan d’entreprise. Mais les syndicats se cabrent déjà (lire ci-dessus). Le plan devrait être finalisé dans une quinzaine de jours, a-t-il indiqué. En attendant des mesures qui restent encore à négocier avec les syndicats et les pouvoirs publics, les actionnaires ont approuvé les comptes 2002. A l’unanimité moins deux voix négatives. « L’évaluation du travail a été correctement faite par tout le monde, mais il n’y a pas assez d’éléments qui nous permettent de dire qu’il n’y a plus de cadavres dans les placards », disent Chevalier Ado Malevez et Luc Van de Vyver, deux actionnaires privés qui ont refusé toutes les demandes d’approbation présentées par la direction.
Le trafic voyageur intérieur a progressé de 4,3pc (150,8 millions de voyageurs), de même que le trafic international (+2,2pc) et le trafic marchandises (+3pc), mais le trafic de petits colis accuse une baisse (-7,9pc).
C’est notamment le secteur d’ABX, la filiale logistique de la SNCB qui, si elle emploie environ 16000 personnes dans le monde et réalise un CA de 3 milliards d’euros, est néanmoins en difficulté. Des actionnaires ont même des doutes sur sa survie, en particulier celle des divisions allemande et française qui affichent respectivement des pertes de 116 et 86 millions d’euros. « L’opération ABX était une bonne affaire, mais on a acheté des sociétés qui nécessitaient de profondes restructurations par le biais d’endettements. Les promoteurs étaient trop optimistes, mais la croissance qu’ils espéraient n’est pas arrivée. Aujourd’hui, nous devons restructurer dans une mauvaise conjoncture », concède M.Vinck, confiant quant à la demande introduite auprès de la Commission européenne pour l’aide à apporter à sa filiale logistique.
A défaut, on valorisera au mieux des activités et on vendra des filiales à des partenaires. Il y a déjà des candidats...
Dit José Damilot à K. Vinck qui juge insuffisants les départs naturels de 5000 agents. Président de la CGSP-Cheminots, José Damilot critique la synthèse du plan d’entreprise de Karel Vinck et les informations selon lesquelles les 5000 départs naturels en 2007 ne suffiront pas pour réduire les coûts de production de la SNCB.
Vous n’appréciez pas le contenu ?
L’approche de Karel Vinck est bête et méchante et ne tient pas compte des critères de qualité de la SNCB. C’est une démarche purement budgétaire et fantaisiste qui ignore la réalité sociale de l’entreprise. Ce n’est pas une base de négociation pour nous. Si le document reste tel quel, il n’y aura pas de feu vert de mon organisation pour participer à une négociation avec Karel Vinck. Penser qu’on va résorber le déficit de centaines de millions d’euros de l’entreprise en supprimant autant d’emplois que nécessaire est irréaliste. Il y a d’autres paramètres qui interviennent comme la qualité du service, la sécurité et la régularité.
Il y a pourtant un surplus d’agents ?
On peut fonctionner à la SNCB avec moins de cheminots qu’aujourd’hui. Mais cela suppose un rythme rapide en matière de renouvellement d’infrastructures et du matériel comme en Suisse. Ce qui n’est pas le cas en Belgique et principalement en région wallonne. La SNCB a donc besoin de tous ses bras. Je ne vais pas discuter du plan d’entreprise sans connaître la politique de mobilité du gouvernement pour les prochaines années. L’exécutif précédent voulait accroître les moyens de l’entreprise pour réaliser le RER, terminer le TGV et les accès au port d’Anvers et augmenter les usagers de 50pc d’ici 2010. Le plan de M.Vinck est incompatible avec ces objectifs. Il faut donc un arbitrage entre l’Etat actionnaire et les responsables de la SNCB. Entamer la discussion sur des économies à faire sur le dos du personnel, c’est un piège dans lequel nous ne tomberons pas. Il nous faut aussi des précisions sur la future structure de la SNCB.
Vinck appelle aussi l’Etat à l’aide ?
On n’a jamais licencié un agent de la SNCB pour cause de restructuration et il ne s’engagera pas sur cette voie-là. Qu’il pense à des formules de prépensions comme il l’a fait chez Bekaert ou Umicore, c’est clair. Et sur ce plan il fait le constat qu’il lui faudrait l’aide du gouvernement parce qu’il ne dispose pas d’incitants en interne susceptibles de persuader des cheminots à partir plus tôt. Concernant la dette, prévoir sa reprise par l’Etat en 2005 laisse penser qu’il en a déjà fait le deuil pour 2004. Sans doute avec l’idée des hommes politiques de passer le cap des élections régionales de 2004 comme ce fut le cas avec les élections du 18 mai pour l’élaboration du plan d’entreprise. Il nous faut un engagement ferme du fédéral avec un étalement aussi précis que celui prévu pour la réforme fiscale.