Les adversaires désignés sont les compagnies aériennes à bas coûts ("low cost"). La SNCF a lancé, mercredi 17 novembre, son iDTGV, le nom désormais officiel de son TGV avec réservation unique sur Internet. La première ligne, qui relie Paris, Avignon, Marseille et Toulon, en annonce d’autres : la compagnie ferroviaire a confirmé qu’elle souhaitait étendre cette formule. De nouvelles destinations, situées à plus de trois heures de la capitale, pourraient en bénéficier à moyen terme. Les villes de Bordeaux et Montpellier devraient, selon toute vraisemblance, être au nombre des prochaines concernées.
Dans l’immédiat, à dater du lundi 6 décembre, un iDTGV quotidien effectuera donc la relation Paris-Avignon-Marseille-Toulon. Un aller supplémentaire le vendredi et un retour en plus le samedi matin sont programmés. Avec le iDTGV, la SNCF espère accroître de 2,5 % à 3 % sa part de marché (aujourd’hui de 63 %) sur la liaison Paris-Marseille, au détriment des compagnies aériennes.
La SNCF n’a pas véritablement innové pour proposer cette nouvelle offre : elle a simplement adapté une formule adoptée depuis plusieurs années par les compagnies "low cost". La recette, dans ses grandes lignes, est plutôt simple : une distribution exclusive sur un Internet pour réduire les coûts au maximum et une grille tarifaire qui comporte un grand nombre de paliers, permettant ainsi de proposer une large gamme de prix. Cette grille obéit à un principe unique : plus on réserve tôt, moins le billet est cher. Ainsi, un client pourra obtenir un billet Paris-Marseille à partir de 19 euros en seconde classe et de 39 euros en première. Pour cela, il lui faudra réserver son billet le plus tôt possible, sachant que la réservation est ouverte quatre mois à l’avance.
La véritable innovation, en revanche, se trouve à bord des rames. Avec iDTGV, la SNCF se lance dans le voyage sur-mesure : "Créez le voyage qui vous ressemble", prône le slogan adopté par la compagnie nationale. De fait, deux niveaux de classe restent proposés, mais ils sont couplés à deux espaces de voyages.
Le premier, baptisé iDzen, va privilégier la "quiétude et la relaxation", avec la possibilité d’acheter à la voiture-bar un kit "sommeil" comprenant un masque, un coussin gonflable et des oreillettes antibruit. Le deuxième espace, qui répond au nom d’iDzap, est basé sur la convivialité. Les voyageurs pourront y louer des lecteurs de DVD ou jouer aux cartes, par exemple. Un large choix de magazines sera également proposé. Côté restauration, la SNCF assure que les voyageurs pourront choisir entre une "ambiance tapas" ou une "sandwicherie", voire opter pour des "petits en-cas pour fins gourmets".
Sur la base d’un taux d’occupation à 100 %, la SNCF estime la clientèle potentielle d’iDTGV à 30 000 clients par mois. L’entreprise a déjà songé à nouer des partenariats avec plusieurs groupes pour découvrir et tester des produits culturels, de haute technologie, ou de tourisme.
Les organisations syndicales ne cachent pas leur inquiétude devant le lancement d’iDTGV. La CGT et SUD-Rail, notamment, mettent en avant le risque pour la SNCF de se "concurrencer elle-même avec ce nouveau produit". Elles redoutent également la mise en place d’une filiale pour piloter cette nouvelle activité. Enfin, elles craignent une modification du statut des contrôleurs, choisis sur la base du volontariat, qui vont devenir dans ce nouveau train des superviseurs.