
Le TGV Fret est un train fantôme. Il n’existe que dans l’esprit de ceux qui y croient. À plusieurs reprises, ce projet de transport de fret express est venu « hanter » les âmes du secteur logistique liégeois laissant apparaître une image encore floue d’un nouveau moyen de transport de fret prometteur. À mi-chemin entre le train de marchandises (dont la vitesse moyenne sur le réseau belge est de... 18 km/h) et l’avion utilisé par les sociétés de courrier express comme TNT ou DHL. Mais suite aux avis quelque peu sceptiques — de la SNCB notamment —, le projet était tombé en léthargie. Il est vrai que les obstacles ne manquent pas : la question des créneaux horaires (de nuit, surtout, pour remplacer les avions de fret express entre Liège et Paris), du matériel roulant, du coût de la tonne transportée et, in fine, de la rentabilité d’un mode de transport qui a tout à prouver.
À la faveur d’un nouveau rapport de la société des aéroports de Paris (ADP), voici que le TGV Fret refait surface. Le Réseau ferré français a en effet identifié neuf « sillons » horaires entre Paris et Liège, dont un de nuit, favorable à TNT. À cela s’ajoute une résolution des facteurs techniques : le matériel sera constitué de rames TGV double étage déclassées et transformées pour accueillir du fret tandis que les coûts d’infrastructure pour la SNCB se limiteront — à Liège — à la construction... de deux aiguillages et dix-huit mètres de voies. À présent, le seul problème est la faisabilité économique du projet, déclare la CSC qui entend pousser le TGV Fret pour en faire un dossier de la reconversion liégeoise. Pour nous, le dossier rebondi, il faut à présent le faire aboutir. C’est un atout pour Liège et la plate-forme multimodale de Bierset, avec des possibilités d’extension vers l’Allemagne. Le syndicat chrétien y voit même des opportunités dans le domaine industriel. Il n’existe pas d’igloo — containers profilés — adaptés au TGV. Pourquoi ne pas en concevoir ici à Liège ? remarque Gabriel Smal, chef de file des métallos CSC.
Le dossier TGV Fret relancé, le groupe de travail mis en place par la SAB, TNT et le Pôle Transport compte à présent identifier les futurs clients. Tant le secteur du fret aérien nocturne — on sait que TNT est fortement intéressée par le sillon de nuit — que le secteur du transport routier et de la logistique qui pourraient voir chuter le prix de la « tonne express » qui est aujourd’hui 90 fois plus élevé que celui de la « tonne camion transportée ». Avec une capacité de 100 tonnes — l’équivalent de cinq semi-remorques ou d’un Boeing 747 —, le TGV Fret transporterait en fait des tonnes « semi-express » puisque le temps de rotation entre Bierset et Charles De Gaulle serait de 5 heures trente.
À force d’y croire, le train fantôme deviendra peut-être réalité. Surtout si la Commission européenne, sensible au transport ferroviaire, apporte son petit coup de pouce.
Vincent Gernay, chargé du projet TGV Fret à la SAB. Dès lors que la faisabilité technique est possible, nous allons examiner la faisabilité économique. En matière de fret, le TGV sera un système intermédiaire entre le camion et l’avion. Le groupe de travail mis en place à Liège était à l’arrêt, le dossier est à présent relancé. Nous allons mettre les transporteurs autour de la table, à nous d’identifier le type de marchandises que le TGV Fret peut transporter de manière rentable. Sans compter qu’il faut examiner, voire réduire les ruptures de charge avec des containers adaptés. Une des inconnues réside dans l’attitude que compte adapter la SNCB : jusqu’à présent, elle n’y croit pas trop, faisant preuve d’un scepticisme certain. Restera-t-elle spectatrice ou deviendra-t-elle partenaire du TGV Fret ?
Joseph Cicellini, responsable du projet TGV Fret à TNT. L’offre de neuf sillons est une première bonne nouvelle, car, sans sillon, on ne sait rien faire. Mon sentiment est qu’il faut commencer par une ligne pilote entre Liège et Paris quitte à essuyer les plâtres. L’intérêt pour TNT est de trouver une solution à la saturation progressive des réseaux routiers et aériens. Sans compter que l’aspect environnemental est primordial : on l’a vu avec le dossier DHL à Bruxelles, le transport nocturne de fret aérien est de plus en plus problématique compte tenu des nuisances qu’il génère.
Iwan Couchard, chef du district sud-est à la SNCB. Je suis surpris de voir que l’investissement de la SNCB se limiterait à deux aiguillages et une voie de 18 mètres. Tant mieux... On ne peut que se réjouir de pareil projet. Cependant, nous attendons de voir. Il faut que les partenaires privés dévoilent leurs intentions, notamment pour l’achat des sillons horaires.
Jean-Marie Becker, administrateur délégué du cluster transport-logistique. Avec 8 sillons prévus durant la journée, l’atout du TGV Fret sera d’être rapide et régulier. Il faut à présent réaliser une étude commerciale et identifier les marchandises à valeur ajoutée susceptibles d’être transportées en TGV, à quel prix et sous quel conditionnement.