Les cheminots se bougent pour ne pas fondre

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Grève aujourd’hui, alors que le budget 2005 de la SNCF, bénéficiaire, prévoit 3 600 suppressions d’emplois.

Et 3 600 de moins qui font 164 700. Le budget 2005 de la SNCF, qui sera adopté aujourd’hui en conseil d’administration, prévoit que l’entreprise franchisse à la fin de l’année un plancher historique en terme d’effectifs, et ressuscite le spectre de l’érosion de la base cheminots. « Depuis septembre 2002 jusqu’à la fin 2005, 11 765 nouveaux emplois auront disparu », selon le calcul amer de la CGT. C’est la principale motivation des syndicats qui ont appelé à la grève depuis hier, à 20 heures.

L’histoire de la SNCF ressemble à une saignée, qui a vu les effectifs baisser de 500 000 après guerre à moins de 170 000 aujourd’hui. Cette dégringolade, fruit d’inévitables gains de productivité ou de ruptures technologiques, a façonné le pessimisme chronique des cheminots. De fait, la courbe vertigineuse n’a connu que trois petits répits, entre 1962 et 1963, dans les premières années de la décennie 80 et, plus récemment, de 1999 à 2002, sous le double effet de l’accord des 35 heures et de l’augmentation du trafic. Pour les cheminots, le budget 2005 confirme que la dernière embellie est déjà loin, puisque la SNCF, bien que bénéficiaire cette année, continuera de dégraisser. « L’originalité du budget 2005 réside dans l’affichage d’un bénéfice qui, paradoxalement, hâte la déchéance de l’entreprise publique », déplore ainsi Bernard Aubin, secrétaire général de la CFTC, qui ajoute, fataliste, que « pour les directions de la SNCF, le progrès s’est toujours lu à travers les suppressions d’emplois ».

« Stabilisation. » La dégringolade a-t-elle repris ? « Il n’y a pas de plan pluriannuel sur le niveau des effectifs », conteste Pierre Izard, le directeur des ressources humaines. « Ce qui nous intéresse chaque année, ce sont les indicateurs économiques. On ne fait pas d’hypothèse à l’avance. » Et de noter, rassurant, une « stabilisation des effectifs depuis 1996. On n’est plus dans les années 70, où on a connu des taux de décroissance de l’ordre de 2 % chaque année, avec des recrutements très réduits. » A en croire Izard, la rechute des effectifs depuis 2003 traduit des événements exceptionnels. « En 2003, nous avons payé le prix de la grève qui a coûté 250 millions d’euros à l’entreprise. En 2004 et 2005, les suppressions sont surtout dues à la situation du fret. Si on met cela de côté, l’entreprise supprime cette année un gros millier d’emplois. Rapporté aux effectifs, c’est très peu. Nous avons du mal à faire passer le message que l’emploi est tiré par le développement, les investissements, qui marquent le budget 2005. »

Les syndicats peinent à croire à la théorie de l’accident ponctuel. Car à côté de l’activité marchandises, d’autres secteurs sont concernés par les baisses. Ainsi, le secteur de l’équipement (un millier d’emplois supprimés en 2005) pâtit de la stagnation des financements publics affectés à l’entretien des voies... Le péril menace les guichetiers, alors que l’entreprise tente d’accélérer le développement de la vente à distance, principalement par l’Internet, nettement moins coûteux. C’est enfin l’inquiétude croissante de voir la SNCF se muer en une machine à externaliser, en confiant à des filiales, ou sous-traitants privés, des missions jadis dévolues aux cheminots. Là encore, le budget 2005 nourrit l’inquiétude, la SNCF ayant notamment prévu de confier au privé l’approvisionnement en pièces de maintenance (400 emplois concernés). Dans l’esprit des syndicats, ces différentes coupes, qu’elles soient dues au désengagement de l’Etat ou à des gains de productivité, se confondent en un seul et inquiétant décompte.

Système maison. Car la psychose des effectifs se lit aussi au travers du système de retraite dont jouissent les cheminots. Un système maison, en marge du régime général, qui fait porter sur les actifs le paiement des pensions des retraités. Alors que ces derniers sont beaucoup plus nombreux que les premiers (310 000 contre moins de 170 000, ce qui nécessite une compensation des pouvoirs publics), les cheminots craignent que chaque réduction d’effectifs fragilise l’édifice. « C’est faux, assure Pierre Izard. Les études montrent que le rapport (entre les retraités et les actifs, ndlr) décroît progressivement car les classes d’âge les plus élevées étaient les plus nombreuses. » Un rapide tour de gare montre pourtant que la méfiance règne. « Quand je suis rentré dans la boîte, raconte un cheminot, on était 220.000. On disait que la limite était de 200 000 actifs. » Le bug des 200 000 n’a pas eu lieu, mais la légende est tenace. « On m’a dit que la barre fatidique était de 150.000 cheminots », assure un autre, alimentant à sa manière cette angoisse du déclin qui tenaille l’entreprise depuis plus de cinquante ans.



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