En 2008, à Lille, le nouveau siège regroupant les deux chambres des métiers de la ville et de la région Nord - Pas-de-Calais ouvrira ses portes, dans le quartier de la Porte-de-Douai.
Cette zone, longtemps envahie par les rails rouillés et par quelques baraquements, appartenait à Réseau ferré de France (RFF), la société qui gère les infrastructures ferroviaires. "Le choix de ce terrain de 4,8 hectares, suggéré par la mairie de Lille, présente de nombreux atouts", juge Joël Bouillaud, directeur de la chambre des métiers. Il note, en particulier, "sa proximité avec le centre-ville, qui le rend facilement accessible en voiture mais aussi par les transports en commun".
Lorsque les derniers rails auront disparu, nul vestige ne témoignera de son ancienne activité.
A l’exemple de cette transaction lilloise, le domaine ferroviaire connaît une importante mutation sur la totalité du territoire, et particulièrement en Ile-de-France. Elle a commencé en 1997, année de la création de RFF, pour éponger les dettes de la SNCF, qui reste propriétaire d’une partie du réseau (environ 7 000 hectares contre 108 000 à RFF).
Les premières cessions importantes ont commencé en 2000. Certes, la superficie des terrains cédés par RFF, depuis quatre ans, paraît modeste : 200 hectares dont 80 en Ile-de-France. "Mais près de 10 000 hectares pourraient être vendus dans les années qui viennent", souligne Anne Florette, directrice du patrimoine à RFF.
Cette politique de cession devrait s’accélérer en 2005. En outre, un état des lieux précis devrait rapidement mettre fin aux désaccords entre la SNCF et RFF sur les droits de propriété de certains pans du patrimoine, notamment les gares de marchandises. Le ministère des transports a désigné, en juin 2004, une commission d’arbitrage entre les deux protagonistes. "Sans attendre l’achèvement de l’inventaire, les ventes se poursuivent", souligne Jean-Paul Duport, président de RFF.
Parmi les sites dont le propriétaire n’a pas été désigné mais dont la vente a été engagée, se trouve un terrain de 1,4 hectare en plein centre-ville d’Amiens (Somme). C’est d’ailleurs la SA d’HLM du Nord et de l’Est, filiale de l’Immobilière des chemins de fer (ICF), dont la SNCF est l’actionnaire principal, qui a acheté cette parcelle pour y construire une soixantaine de logements sociaux. L’opération, d’un montant de 6,1 millions d’euros, a été réalisée en accord avec la municipalité.
Les acquisitions du patrimoine de Réseau ferré de France (RFF) sont, à 80 %, le fait des collectivités locales pour des utilisations diverses. La municipalité de Saint-Quentin (Aisne), par exemple, projette l’acquisition d’un terrain de 1,5 hectare pour y aménager un espace de loisirs. Mais c’est, de toutes les régions métropolitaines, l’Ile-de-France, principal nœud ferroviaire national, qui possède les emprises les plus importantes et les plus stratégiques.
La Ville de Paris doit, en 2005, acquérir 2,8 hectares place de Rungis, dans le 13e arrondissement, ainsi que 3,5 hectares dans le quartier des Batignolles, dans le 17e arrondissement. Outre un projet d’aménagement de logements et d’équipements publics et un vaste espace vert, ce dernier site pourrait accueillir le futur village olympique en 2012.
Ces acquisitions parisiennes devraient rapporter à RFF 90 millions d’euros sur les 160 millions attendus pour le total des ventes prévues. A Paris, depuis 2000, la vente de terrains de RFF à la collectivité a permis l’aménagement de 10 nouveaux hectares d’espaces verts. "Dans les quinze prochaines années, nous proposerons à la Ville de Paris près de 60 hectares",précise Mme Florette.
Cette perspective ne doit pas faire oublier que tous ces terrains ne sont pas utilisables en l’état. Sur le site de Paris - Rive gauche, dans le 13e arrondissement, un seul hectare, sur les seize encore disponibles, est de plain-pied, les quinze autres obligent à une construction sur dalle, entraînant des surcoûts considérables.
Pour d’autres espaces, l’activité ferroviaire va subsister. En Gironde, sur le site d’Hourcade — 60 hectares à cheval sur les communes de Bègles et de Villenave-d’Ornon —, la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) ambitionne de développer une vaste zone logistique où viendraient s’installer le Sernam, La Poste mais aussi la SNCF. La plate-forme d’Hourcade s’insère dans l’une des plus grandes gares de triage du Sud-Ouest.
"Dans cette implantation originale, RFF pourrait rester propriétaire de l’emprise foncière et la CUB participer financièrement à l’implantation d’entreprises", explique Claude Boudat, responsable du développement économique à la CUB. La réunion, sur le site d’Hourcade, des activités de transport et de logistique libère 1,5 hectare en centre-ville, actuellement détenu par RFF. En l’acquérant, la Ville va pouvoir engager un programme de rénovation urbaine.
Pour les entreprises, également intéressées par l’achat de ces terrains, la motivation essentielle est le maintien d’une activité économique en relation avec le réseau ferré. A Bobigny (Seine-Saint-Denis), la société Lautard, spécialisée dans le recyclage de pièces métalliques, devrait s’implanter sur un site de 3,2 hectares relié au réseau ferré. RFF vend même des terrains... à la SNCF, comme à Lyon, où le site de la Guillotière — 11 hectares — sera utilisé pour l’entretien du matériel TGV.
Chez RFF comme à la SNCF, on est, toutefois, conscient de la nécessité de bien maîtriser ce mouvement. Chaque vente de parcelle menace, en effet, le maintien de l’activité ferroviaire et, encore plus, son développement.
Pour se rassurer, RFF affirme, par exemple, qu’à Paris les ventes de terrains et de bâtiments se réaliseront, dans la mesure du possible, sans toucher aux voies de chemin de fer existantes.
La Ville de Paris met la pression sur RFF pour la transformation, au moins partielle, de la petite ceinture ferroviaire en coulée verte. Lors du débat récent sur le plan local d’urbanisme (PLU), les écologistes ont réclamé son classement en "zone urbaine verte", une manière d’empêcher d’utiliser à nouveau le site pour le fret. L’exécutif municipal a fait adopter par le conseil de Paris un vœu de compromis.
La Ville demande à RFF que soient "rapidement retenus les sites où les aménagements en promenades plantées (...) peuvent être réalisés". Elle va, par ailleurs, engager "une réflexion permettant d’envisager le reclassement de la petite ceinture en "zone urbaine verte", si les négociations avec RFF ne progressent pas d’ici la fin de l’enquête publique sur le PLU".
