La SNCF a présenté, mercredi 9 février, au comité central d’entreprise (CCE), un projet concernant 2 330 suppressions d’emplois de guichetier à l’horizon 2007. Ce dossier, "détaillant les perspectives d’évolution à moyen terme de sa stratégie de distribution" devait initialement faire l’objet d’une consultation du CCE mais, à l’initiative de quatre organisations syndicales (CGT, CFDT, CFTC et UNSA), une demande de concertation immédiate avec la direction a été déposée.
Rendue possible par l’accord sur l’amélioration du dialogue social signé le 28 octobre 2004, cette démarche conduit à une suspension du projet. Celui-ci ne devrait être désormais soumis au CCE pour consultation qu’au second semestre.
Pour la SNCF, les suppressions de poste sont nécessaires : depuis deux ans, l’entreprise publique, qui emploie 7 900 vendeurs, connaît une mutation de sa distribution avec, notamment une très forte croissance de ses ventes sur Internet. La part des ventes de billets SNCF via ce nouveau canal de distribution, qui représentait 7,5 % en 2003, a grimpé à 12,2 % en 2004. L’entreprise prévoit que cette part de marché pourrait atteindre 30 % en 2007.
Forte de ces chiffres, la SNCF a décidé une adaptation qui se traduira cette année par le redéploiement vers d’autres métiers au sein de l’entreprise de 240 vendeurs (220 partiront en retraite et ne seront pas renouvelés). Ces derniers travaillent soit en gare, soit dans les boutiques ou dans les centres d’appel 36 35 ; la SNCF précise qu’en aucun cas il ne peut s’agir de licenciements. Ce sont donc les projets de redéploiement des années 2006 et 2007 — envisagés respectivement à hauteur de 820 et 1 050 agents — qui seront présentés pour consultation dans la seconde moitié de l’année.
Les réactions syndicales ne se sont pas fait attendre. Pour la CGT, la direction est dans une "logique contraire au service public". "Nous sommes en désaccord sur le fond : la SNCF considère que sa branche voyageurs ne fait pas partie du service public mais du secteur concurrentiel", estime Eric Féron, secrétaire fédéral de la CGT-Cheminots.
"Le voyage suppose une égalité de traitement, or tout le monde n’a pas accès à Internet et il y a encore beaucoup de queue aux guichets", souligne M. Féron, qui ajoute que certaines régions risquaient de se retrouver "en déficit d’effectifs".
La CFTC dénonce pour sa part "une politique qui ne vise pas à adapter l’offre à la demande de la clientèle, mais à formater l’usager à la politique commerciale de la SNCF". Le syndicat rappelle notamment que cette politique repose "sur un report progressif des ventes vers les canaux de distribution économique que sont les automates et Internet". Il déplore notamment que la SNCF, pour renforcer cette démarche, vende actuellement un certain nombre de prestations moins cher sur Internet qu’au guichet (les billets Prem’s, par exemple), voire rende la vente de certains titres impossible aux guichets (comme les billets iDTGV). Sur ces revendications, la direction de la SNCF a affirmé, mercredi 9 février, qu’elle allait étudier l’"ouverture à la vente de tous les tarifs de la gamme à l’ensemble des canaux de distribution".
Pour SUD-Rail, toutes ces "évolutions ne sont pas naturelles, la direction va pousser les clients vers les nouvelles technologies en les décourageant d’aller aux guichets", a commenté Didier Fontaine cité par l’Agence France Presse (AFP). "Un guichetier reste pour les usagers une plus-value", a poursuivi M. Fontaine, qui craint une "déshumanisation des petites gares de province", alors que "les guichetiers des TER et d’Ile-de-France pourraient être touchés à leur tour".