à Bruxelles
Après des mois de négociations, la Commission européenne a donné, hier, son feu vert au plan de restructuration de l’activité fret de la SNCF. Le commissaire aux Transports, le Français Jacques Barrot, a préféré la jouer modeste et ne pas organiser de conférence de presse pour annoncer ce verdict favorable, jugeant inutile d’insister sur un dossier qui concerne son pays. Le plan de recapitalisation prévoit que le gouvernement français injecte 800 millions d’euros sur trois ans avec un apport supplémentaire de 700 millions de la SNCF. Le versement de l’aide se fera en quatre tranches distinctes : deux de 500 millions d’euros, une de 400 et une dernière de 100. En contrepartie, l’ouverture du marché du fret à la concurrence sera anticipée et programmée au 31 mars 2006 au plus tard, soit neuf mois avant la date butoir. La Commission impose en outre un repli volontaire du trafic jusqu’en 2007, afin de favoriser cette concurrence.
Bruxelles a aussi obtenu des garanties sur l’autonomie comptable et organisationnelle de l’activité fret, sans aller jusqu’à exiger sa filialisation redoutée par les cheminots. Enfin, la SNCF ne pourra recevoir de nouvelle aide à la restructuration pendant une période de dix ans... à moins que son fret soit, cette fois, bel et bien filialisé. Au total, le milliard et demi d’euros servira à financer le drastique « plan fret » de l’entreprise ferroviaire, avec un pan consacré aux investissements en matériel (dont 400 locomotives diesel livrables à partir de 2007).
Hier, Gilles de Robien, ministre des Transports, a accueilli la nouvelle, avec « soulagement ». Posant à côté d’un écran géant faisant défiler des images de fleurs et des couchers de soleil « évoquant l’environnement », le ministre a annoncé le grand retour de la croissance du fret ferroviaire contre la route. Quitte à oublier que l’optique du plan est avant tout financière. Marc Véron, patron du fret SNCF et grand artisan du plan de relance de l’activité, a toujours pris ses distances vis-à-vis des objectifs de croissance en volume pour se consacrer à un retour à l’équilibre financier avec, pour premier effet, l’abandon des trafics les moins rentables.