"Cette entreprise a changé parce qu’elle fait des bénéfices." En présentant, jeudi 17 mars, la nouvelle identité visuelle et sonore de la SNCF, son président Louis Gallois a confirmé des informations de presse selon lesquelles l’entreprise ferroviaire a renoué avec les bénéfices au cours de l’exercice 2004. Le président n’a toutefois pas été très disert sur ces chiffres avant le conseil d’administration du mercredi 23 mars, qui doit entériner l’exercice 2004.
Tout juste a-t-il précisé que l’établissement public SNCF, c’est-à-dire la compagnie ferroviaire stricto sensu, a réalisé un résultat courant " de l’ordre de 130 millions d’euros " en 2004. Le résultat net consolidé du groupe SNCF dans son ensemble est, lui, de 323 millions d’euros. Des résultats qui tranchent avec ceux du précédent exercice. En 2003, la SNCF avait affiché une perte de 204 millions d’euros. Et elle prévoyait une nouvelle perte de 91 millions d’euros en 2004.
Finalement, elle renoue donc avec les profits, pour la première fois depuis l’année 2000. Elle avait alors réalisé un résultat courant de 100 millions d’euros, obtenu avec un chiffre d’affaires en hausse de 10,1 %. Une progression jugée exceptionnelle voilà quatre ans.
"Aujourd’hui, se félicite Guillaume Pepy, directeur général délégué de la SNCF, l’entreprise est sortie du déficit, non pas par l’augmentation des recettes, mais par une meilleure gestion. Tout a été peigné, de la facture des sillons, sur laquelle on a économisé 18 millions d’euros, à celle d’électricité. " Pour M. Gallois, ces résultats doivent être attribués " à une très bonne performance commerciale, avec un chiffre d’affaires tout à fait conforme à ce qui était prévu cela n’arrive pas si souvent à la SNCF , et une très bonne performance industrielle ".
Cette dernière, insiste-t-on à la tête de l’entreprise, n’a pas sacrifié le social : "3 800 embauches étaient prévues sur le projet de budget 2004, 3 921 embauches ont en fait été réalisées", souligne la SNCF. De plus, "dès que nous avons eu la certitude que nous serions bénéficiaire, nous avons sans attendre décidé de réinvestir tout de suite 25 millions d’euros pour l’amélioration des conditions et de l’outil de travail, affirme M. Pepy. Nous avons envoyé vers les 7 800 chefs d’équipe une enveloppe de plusieurs milliers d’euros pour que les gens du terrain puissent en profiter." Encore une évolution culturelle notable, ajoute le directeur général, en rappelant, non sans ironie, que la SNCF fait partie de "ces entreprises qui trouve toujours 1 milliard pour un superprojet mais pas 1 000 euros pour des talkies-walkies..."
La communication de ces résultats n’a pas manqué d’interpeller les organisations syndicales. Dans un communiqué adressé à la direction de l’entreprise, la CGT-Cheminots, syndicat majoritaire de l’entreprise, demande la modification du calendrier prévu pour les négociations salariales. "Un calendrier décidé unilatéralement par la direction pour rythmer le déroulement des négociations salariales 2005 ", estime la CGT, qui demande à " accélérer les échéances".
Le 24 février, la SNCF a fait une "première proposition" salariale pour 2005 d’environ 1 % de hausse (+ 0,6 % au 1er février et + 0,4 % au 1er juillet). Des mesures qui avaient été jugées alors "largement insuffisantes" par les syndicats CGT et SUD-Rail. La direction avait annoncé la tenue d’une deuxième table ronde au troisième trimestre, "en juin ou en septembre", lors de laquelle elle pourrait faire de nouvelles propositions, "au vu de ses résultats", réaffirme-t-on à la tête de l’entreprise.
Le retour aux profits " est l’arbre qui cache la forêt, relativise Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT-Cheminots. Ces bénéfices coûtent très cher aux usagers, au service public et aux cheminots. Cela s’est fait notamment au prix de milliers de suppressions d’emplois — 12 000 en trois exercices —, de la suppression de 35 000 dessertes fret, d’économies sur la maintenance conduisant au ralentissement de la vitesse sur 800 km de lignes, et de hausse des tarifs. "Le syndicat demande donc également à la direction " d’anticiper le rendez-vous fixé d’ici à la fin du premier semestre 2005 relatif à l’évolution des effectifs ".
Alors que se multiplient, tant dans le secteur public que dans le privé, les appels à une redistribution des bénéfices des entreprises aux salariés, le secrétaire d’Etat aux transports et à la mer, François Goulard, qui assistait à la présentation du nouveau logo de la SNCF, jeudi, s’est félicité de "l’orientation très positive" de l’entreprise.
M. Goulard a suggéré la mise en place d’un intéressement des salariés aux bénéfices. " C’est tout à fait logique, les résultats sont le fruit d’un travail (...) de l’ensemble des cheminots, de l’ensemble des salariés, argumente M. Goulard. Cela me paraît donc tout à fait logique qu’il y ait, sous une forme ou sous une autre, un intéressement aux résultats et aux performances de l’entreprise. "
La SNCF a présenté jeudi 17 mars son nouveau logo, "SNCF" écrit en blanc sur un fonds dégradé de rouge, allant du carmin au vermillon. Pour le directeur de la communication de la SNCF, Bernard Emsellem, "le logo actuel, qui illustre majoritairement une dimension, la puissance industrielle, ne traduit plus la vraie mesure du groupe SNCF, une entreprise à dimension européenne qui s’organise autour du client".
Selon la direction de la SNCF, le montant global de cette nouvelle campagne se chiffre entre 9 et 10 millions d’euros. La seule création du nouveau logo a coûté 67 000 euros et l’ensemble de son déploiement sur les documents et les équipements, c’est-à-dire la modification à réaliser sur les quelque 4 000 gares et les 15 000 locomotives, des futures tenues au papier à lettres, est estimé à 4 millions d’euros. Le montant total est approximativement le même que celui qui avait été consacré au lancement de la marque TGV. L’ensemble des TGV devraient afficher le nouveau logo d’ici à la fin mai et 80 % du matériel roulant d’ici à la fin de l’année.