Le coût des travaux du TGV Rhin-Rhône explose

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Besançon de notre correspondant

Au conseil régional de Franche-Comté, la question est posée : le coût des travaux de la première phase de la branche est de la ligne à grande vitesse Rhin-Rhône —­ 140 km de voies entre Petit-Croix (Territoire de Belfort) et Auxonne (Côte-d’Or) —­ a-t-il été volontairement sous-évalué ? Sans y répondre, le président (PS) de la région, Raymond Forni, admet avoir "le vertige" devant "l’explosion de la facture". "En 1998, le prix de la liaison avait été évalué à 1,3 milliard d’euros, rappelle-t-il. Ensuite, il a été chiffré à 1,7 milliard puis à 2 milliards en janvier 2004. Aujourd’hui, l’estimation grimpe à 2,4 milliards. Encore ne s’agit-il que du coût de l’infrastructure, établi par Réseau ferré de France (RFF), auquel il faudra ajouter celui des deux gares construites, elles, par la SNCF ! A l’arrivée, la note aura doublé."

La nouvelle a été annoncée à M. Forni et à ses collègues, François Patriat et Adrien Zeller, respectivement présidents PS et UMP des régions Bourgogne et Alsace, mardi 15 mars, lors d’une rencontre avec le "M. Financement" de la future ligne, Christian de Fenoyl, au siège parisien de l’Association des régions de France (ARF). En l’apprenant, certains participants ont soupçonné des "surcoûts cachés". A tort.

"Il a bien fallu se rendre à l’évidence, cette hausse est la conséquence de la dérive de l’indice des travaux publics, qui pénalise des pans entiers de l’économie, compte tenu, notamment, des cours mondiaux de l’acier", déclare M. Forni.

A RFF, on assure qu’il s’agit d’une simple "réactualisation" du chiffre de janvier 2004 et on souligne que 2008, nouveau millésime de référence, sera l’année de charge maximale du chantier, dont le début est prévu en 2006, pour une mise en service complète de la ligne ­ de Dijon à Mulhouse ­ en 2011. L’ennui, c’est que, si le devis des travaux s’envole, les recettes se font rares. La Confédération helvétique, après des débats internes agités, a revu à la baisse sa quote-part, tombée de 125 millions à 100 millions de francs suisses, soit environ 65 millions d’euros.

« Poker menteur »

L’Union européenne, lors d’une rencontre des présidents de région avec le vice-président de la Commission chargé des transports, Jacques Barrot, a laissé entrevoir une participation de 6 % à 10 % du montant, soit 145 millions à 242 millions d’euros. Quant à RFF, son conseil d’administration a fait savoir qu’il n’investira que 302 millions d’euros. Addition faite, reste à financer entre 1,8 milliard et 1,9 milliard d’euros. "A la condition que l’Etat français ne s’approprie pas la part de l’Etat suisse, s’inquiète M. Forni, échaudé par l’attitude de RFF. Au départ, RFF devait verser 501 millions, insiste-t-il. Mais l’entreprise a amputé cette somme de 199 millions pour couvrir ses risques et aléas."

La lenteur du gouvernement à rendre publique la hauteur de son engagement alimente les suspicions. En Suisse, on feint de s’en amuser. "C’est une partie de poker menteur", commente Pierre-Alain Gentil, président de l’association Ouest-Rail qui a fait pression sur le pouvoir fédéral, à Berne, pour que son pays participe."Quand la Confédération ne bouge pas, la France nous explique aussitôt qu’elle-même ne peut rien faire parce que la Suisse n’a rien décidé."

En Alsace, M. Zeller, dont la collectivité doit déjà faire face à la construction du TGV est-européen vers Strasbourg, estime aussi que l’Etat doit sortir de son mutisme. En Bourgogne, M. Patriat confirme que le suspense a assez duré.

En Franche-Comté, M. Forni s’emporte. "On me dit que la région va devoir payer 14 %, mais je n’ai toujours pas compris de quoi ! Nos prédécesseurs UMP, poursuit-il, ont fait voter des pourcentages basés sur des chiffres qui se révèlent faux. En fonction des hypothèses, la participation de la Franche-Comté va de 160 à 400 millions d’euros. C’est plus que le budget annuel de la région !"

Si l’Etat "persiste à tergiverser", comme l’en accusent les collectivités, le prochain comité de pilotage du projet, vendredi 22 avril, à Dijon, sera houleux. Jeudi 31 mars, une réunion de techniciens s’efforcera de déminer le terrain, avant qu’élus, préfet coordinateur, dirigeants de RFF et de la SNCF ne se retrouvent.

Les trois présidents de région, désemparés, espèrent maintenant que leur voisin Jean-Jack Queyranne, président (PS) de la région Rhône-Alpes, acceptera de verser son obole pour une ligne qui, prolongée dans plusieurs décennies par une branche sud, irriguera à terme sa région. Et ils rêvent de la création d’un pool bancaire capable de leur consentir "des conditions acceptables" et, surtout, au long cours.


Une nouvelle liaison ferroviaire dans l’Est

La gare d’interconnexion de Vandières (Meurthe-et-Moselle) reliera, en 2010, la ligne Metz-Nancy avec la ligne TGV est-européen. La décision a été prise, mercredi 23 mars, au cours d’une réunion présidée par Christian Poncelet, président du Sénat, en présence du ministre des transports, Gilles de Robien, et du président (PS) du conseil régional de Lorraine, Jean-Pierre Masseret. Le coût de cette installation ­ 1oo millions d’euros ­ sera pris en charge à 5 % par l’Etat, 15 % par Réseau ferré de France, 64 % par le conseil régional de Lorraine et à 16 % par les départements de la Meuse, de Meurthe-et-Moselle et des Vosges.



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