Gilles de Robien a poussé un petit coup de gueule, hier, sur l’avancement du service minimum. Le ministre des Transports, à qui il a été demandé d’aboutir sur le dossier en juin, estime que « le compte n’y est pas encore ». La RATP, a-t-il annoncé, sera bientôt en mesure d’assurer aux usagers un niveau de trafic minimum (50 % sur les bus, métros et RER) les jours de conflit. La SNCF est vivement pressée d’aller dans le même sens.
Robien a jugé « inadmissible » que 30 % de grévistes mènent à la paralysie de 70 % du trafic. Le ministre suggère un mode d’emploi : les agents de la SNCF doivent être « plus polyvalents ». Et de cibler un règlement interne trop rigide qui agit selon lui « comme un frein à cette polyvalence ». En clair, les non-grévistes doivent pouvoir remplacer les grévistes au débotté, quitte à sortir de leur roulement prévu. Cette souplesse augmenterait de 15 % les trafics en cas de grève, affirme Robien.
La SNCF ne faisait guère de commentaire, hier, sur un sujet qui n’a été abordé avec les syndicats que le 8 mars. Ces derniers ont réagi, pour évoquer le raisonnement « simpliste » du ministre. « Un conducteur est autorisé à conduire des locomotives d’un type précis, et surtout sur des sections et lignes précises, qu’il a reconnues, tance Alain Bourezg, secrétaire national de la CFDT. De même pour les aiguilleurs, qui ne sont pas interchangeables à volonté. Ce sont des règles basiques de sécurité. »
L’autre souci de Robien est plus politique. Le transport régional ferroviaire (les TER) étant décentralisé, il dépend des seuls présidents de région d’appliquer le service minimum, c’est-à-dire d’imposer des lignes prioritaires, des niveaux de trafic minimum, voire d’intégrer dans les contrats avec la SNCF un système de bonus-malus lié aux prestations du transporteur les jours de grève. Or l’essentiel des régions est dirigé par des présidents de gauche... en pleine guerre contre la majorité. Hier, le ministre n’avait guère trouvé qu’Adrien Zeller pour le soutenir. Le président de la région Alsace et seul président de droite avec celui de la région Corse a annoncé pour bientôt une expérimentation, modeste, sur le service ferroviaire en temps de grève.