L’incendie du tunnel du Fréjus relance le débat sur le ferroutage

L’accident, qui a provoqué la mort de deux chauffeurs de poids lourds, samedi 4 mai, dans le tunnel du Fréjus (Savoie) relance la question du ferroutage, c’est-à-dire du transport des marchandises par le rail, dans la partie centrale des Alpes. Aussitôt, le PS, les Verts, la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut) et les syndicats se sont empressés de réclamer "une autre politique des transports".

Actuellement, trois grands axes permettent le franchissement des Alpes pour les camions : le tunnel du Mont-Blanc au nord, le tunnel du Fréjus dans la vallée de la Maurienne et le tunnel de Vintimille (Alpes-Maritimes), au sud. Chaque année, 25 millions de tonnes de marchandises passent par le Mont-Blanc et le Fréjus et 15 millions par Vintimille.

La fermeture annoncée pour plusieurs mois du tunnel du Fréjus risque de déplacer un flux déjà très dense de circulation vers la vallée de Chamonix mais aussi vers la Côte-d’Azur. En plus de ces 40 millions de tonnes de marchandises, 10 millions empruntent les voies ferrées.

La question du rééquilibrage du transport des marchandises entre le rail et la route est en débat depuis le début des années 1990. Le projet le plus récent est celui de la création d’une ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin d’ici à 2020, qui permettrait le transport des voyageurs et des marchandises. En 2002, les gouvernements français et italien se sont mis d’accord sur la réalisation de ce projet dont le coût est estimé à 12,6 milliards d’euros. Le tunnel Lyon-Turin est inscrit depuis 1994 sur la liste de quatorze projets essentiels pour l’Europe.

"Il faut que, dans les semaines qui viennent, les deux gouvernements indiquent à la Commission européenne, qui attend cette réponse, quels sont les volumes de crédits que la France et l’Italie demandent de réserver pour la période 2007-2013 pour engager le tunnel de base ferroviaire", martèle Michel Bouvard, député (UMP) de la Savoie. Le 18 avril, la rencontre entre les ministres français et italien des transports, en Savoie, n’avait abouti à aucune avancée sur ce dossier.

Selon ses concepteurs, le Lyon-Turin, qui suppose le percement d’une nouvelle galerie de 52 kilomètres, permettrait de transporter plus de 40 millions de tonnes de marchandises par an par le rail. La réalisation de cette infrastructure pourrait aboutir, en 2030, à l’équilibre entre le trafic routier et le trafic ferroviaire dans les Alpes.

Alors que les premiers coups de pioche étaient prévus pour 2007, un retard de quinze mois à deux ans est déjà envisagé. Des découvertes géologiques sur la nature des terrains ont, en effet, entraîné la fermeture, en mai 2004, de la galerie de reconnaissance de Modane (Savoie).

Actuellement, les camions sont transportés sur des trains, entre Aiton (Savoie) et Orbassano, près de Turin. Partiellement ouverte en novembre 2003, cette ligne est destinée à transférer le transport de marchandises de la route vers le rail. Passant par le tunnel du Mont-Cenis, elle a été conçue par l’entreprise Modalhor. Il s’agit de transporter des camions sur des plateformes. En 2004, 6 500 poids lourds l’ont utilisée. "Au rythme actuel du trafic, nous devrions terminer l’année 2005 avec 13 000 camions mis sur des wagons", affirme Michel Chaumatte, directeur de l’Autoroute ferroviaire alpine (AFA).

Retard des travaux

Mais cette liaison fret subit également des contretemps. Son exploitation est limitée par les travaux de modernisation en cours. Le service n’est ouvert que cinq jours sur sept, et ne comporte que quatre navettes allers-retours quotidiennes. Pour le moment, seuls les camions-citernes, en raison de leur forme arrondie, peuvent passer sous les tunnels. Pour l’instant, cette ligne n’a soustrait que 5 % des poids lourds à la circulation routière.

Initialement prévu pour 2007, cet axe ne sera totalement ouvert que vers 2010 en raison de la découverte d’amiante naturel dans le ballast côté italien. De plus, la mise en conformité des 25 kilomètres de tunnels ne sera pas achevée dans les délais.

Ces mauvais résultats risquent de fragiliser cette expérimentation dans laquelle la France et l’Italie ont investi 200 millions d’euros au total. Les deux gouvernements se sont aussi engagés à supporter le déficit d’exploitation, estimé à 17 millions d’euros par an jusqu’en 2006. Au-delà, l’AFA espère un trafic de 300 000 à 400 000 camions par an, ce qui permettrait d’améliorer les recettes d’exploitation.

Le développement du trafic des marchandises par le rail se heurte aussi à la politique de la SNCF en matière de fret et à l’obligation qui lui est faite par la Commission européenne de rentabiliser cette activité. Celle-ci était d’ailleurs un des motifs de la grève des cheminots, le 2 juin. "Il est urgent de reconsidérer le plan fret de la SNCF, qui a mis plus de 200 000 camions sur les routes en 2004" , estime Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT Cheminots.


0Les principaux précédents en Europe0

18 novembre 1996. Un incendie dans le tunnel sous la Manche, à bord d’une navette transportant 29 camions, leurs 31 passagers et 3 membres d’équipage, fait 8 blessés.

24 mars 1999. 39 personnes trouvent la mort dans l’incendie du tunnel du Mont-Blanc, entre la France et l’Italie, provoqué par un camion qui s’est embrasé au milieu de l’ouvrage.

29 mai 1999. Un incendie dans le tunnel des Tauern, en Autriche, fait 12 morts. L’accident a été causé par un poids lourd entré en collision avec cinq voitures.

29 juin 1999. Deux personnes sont tuées, un ouvrier est porté disparu et 15 personnes sont blessées à la suite d’un incendie à l’entrée d’un tunnel en construction, à Drammen, en Norvège.

11 novembre 2000. L’incendie d’un funiculaire dans un tunnel reliant la station de Kaprun au glacier de Kitzsteinhorn, dans les Alpes autrichiennes, provoque la mort de 155 personnes.

6 août 2001. Cinq Néerlandais d’une même famille meurent brûlés vifs et quatre personnes sont blessées dans un incendie qui s’est déclaré dans le tunnel de la Gleinalm (Autriche), à la suite d’une collision frontale entre deux véhicules.

24 octobre 2001. En Suisse, un incendie provoqué par la collision entre deux camions fait 11 morts, dans le tunnel du Saint-Gothard.

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Camion de pompiers italien se dirigeant vers le tunnel de Frejus, le 4 juin.



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