Le premier train de fret privé en France devait rouler lundi 13 juin pour relier les fours à chaux de Dugny-sur-Meuse, dans la Meuse, au centre sidérurgique de Völkingen, en Allemagne. La mise en service de ce train, exploité par CFTA Cargo, filiale de Connex (elle-même filiale de Veolia Environnement), est la première brèche dans le monopole de la SNCF, et la conséquence directe de l’ouverture du fret à la concurrence décidée par Bruxelles en 2003. Une décision que la France avait appliquée dès le 15 mars de la même année mais, depuis cette date, aucun candidat ne s’était présenté.
Ce premier trajet devrait être mouvementé : les cheminots ont en effet prévu plusieurs manifestations pour protester contre la libéralisation qui pourrait être totale, avec celle du transport de voyageurs, à l’horizon 2010.
Les différentes organisations syndicales redoutent que la concurrence ne se traduise pour eux par une perte d’activité et par de nouvelles suppressions d’emplois. Elles arguent ainsi que les "trois quarts des 3 007 suppressions d’emplois prévues à la SNCF en 2005 le sont dans le fret".
Les syndicats redoutent aussi que cette libéralisation n’installe, à l’instar de ce qui s’est passé dans le transport routier, une situation où les opérateurs de ces trains seraient payés à des salaires inférieurs à ceux pratiqués par la SNCF. Enfin, elles estiment que les conducteurs ne seront pas forcément expérimentés, ce qui pourrait être préjudiciable à la sécurité.
Stéphane Richard, directeur général de Connex, balaie ces "contre-vérités". "Il n’est pas question qu’il y ait de dumping social, explique-t-il. Les salaires d’embauche pratiqués sont identiques à ceux de la SNCF et les modules de formation des conducteurs sont comparables à ceux de l’entreprise publique."
Au sujet du manque d’expérience, M. Richard rappelle que CFTA "faisait déjà rouler des trains dans les années 1620" et que "depuis plusieurs années, la filiale fret de Connex effectue des transports en sous-traitance pour le compte de la... SNCF". En outre, ajoute M. Richard, l’activité ferroviaire fait partie des métiers de Connex, y compris dans le transport de voyageurs : "Nous exploitons toujours pour le compte de la SNCF des lignes régionales, comme le chemin de fer de Provence entre Nice et Digne."
Pour le directeur général, cette concurrence est une chance pour le fret ferroviaire. "L’arrivée de nouveaux opérateurs va permettre de gagner de nouveaux clients", estime M. Richard, qui pense qu’"il n’y a pas de fatalité à avoir des activités déficitaires".
Connex a emporté son premier contrat lors d’un appel d’offres lancé par la société belge Lhoist en proposant un prix inférieur de 20 % à celui de la SNCF. "C’est un contrat de 11 millions d’euros sur cinq ans, soit un peu plus de 2 millions d’euros par an, reconnaît M. Richard. L’équivalent de 0,1 % du chiffre d’affaires annuel du fret SNCF qui est de 2 milliards d’euros." Connex vise à terme une part de 5 % à 10 % du marché du fret national. Le groupe serait d’ores et déjà en pourparlers avec le papetier norvégien Norske Skog pour transporter une partie de sa production de l’usine de pâte à papier de Golbey (Vosges) vers l’Allemagne, la Suisse et l’Italie.
Connex emploie 61 300 personnes dans le monde et transporte par an plus de 2 milliards de voyageurs. Une activité plus importante que le fret, qui ne représente que 115 millions d’euros de chiffre d’affaires. En France, le groupe s’occupe aussi de transport urbain, de transport interurbain et de transport scolaire, celui-ci représentant 1,46 milliard d’euros, soit 40,5 % de son chiffre d’affaires.
Ce dernier est surtout alimenté par les activités à l’étranger. Ainsi, Connex gère en Allemagne des dessertes régionales par car et par train, l’équivalent du RER francilien. En Europe du Nord, il gère les bus de Copenhague, le métro de Stockholm et des ferries. Le groupe a perdu des franchises en Grande-Bretagne mais progresse fortement dans la zone Asie-Pacifique. En Australie, il exploite désormais l’ensemble des chemins de fer de la région de Melbourne ainsi que les bus de Brisbane et de Perth. Des activités qui génèrent 300 millions d’euros de chiffre d’affaire par an.
Enfin, l’opérateur regarde de près le dossier Amtrak aux Etats-Unis. L’équivalent américain de la SNCF, qui ne reçoit plus aucune subvention fédérale, est dans une situation critique. L’exploitation de certaines liaisons comme Boston-New York-Washington ne serait pas pour déplaire à Connex.
