La SNCF menace de réduire le nombre de trains interrégionaux

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LA SNCF vient de franchir une étape supplémentaire dans son projet de refonte du réseau des trains interrégionaux (TIR) déficitaires. Dans une lettre adressée le 29 juillet à Jacques Auxiette, président (PS) du conseil régional des Pays de la Loire, le directeur du transport public de l’entreprise ferroviaire, Bernard Sinou, prévient que, faute d’un accord sur le mode de financement de ces services actuellement à la charge de la SNCF, une réduction du nombre de trains sur les lignes concernées dans sa région pourrait entrer en vigueur dès la mi-décembre, date à laquelle l’entreprise doit passer aux horaires d’hiver.

Depuis deux ans, la SNCF projette de refondre les dessertes de trois liaisons très déficitaires : Quimper-Nantes-Bordeaux-Toulouse, Nantes-Lyon et Caen-Tours. En juillet 2004, elle avait accepté de retarder d’un an ce projet de refonte globale. Ce sursis a permis des négociations entre la SNCF, l’Association des régions de France (ARF) et l’Etat. Un groupe de travail réunissant ces trois partenaires a alors été constitué pour définir les modalités d’un réaménagement d’ensemble des dessertes entre régions.

Le groupe d’experts a notamment réalisé un audit sur la rentabilité et l’avenir des TIR, dont les résultats ont été rendus publics mardi 7 juin. Pour la SNCF, la rentabilité d’une ligne interrégionale se mesure en particulier au nombre de personnes l’empruntant quotidiennement d’un bout à l’autre. En deçà de 200 passagers par jour, estime- t-elle, elle n’est pas rentable.

« La SNCF déraille »

Or vingt-deux des vingt-cinq lignes sont déficitaires. Cinq d’entre elles représentent, à elles seules, la moitié du déficit total des trains interrégionaux, qui s’élève à 124 millions d’euros par an, et les trois premières liaisons visées par la réduction à venir des dessertes (Quimper-Toulouse, Nantes-Lyon et Caen-Tours) totalisent 20,3 millions d’euros de pertes annuelles.

Mais si le groupe de travail a réalisé un état des lieux du transport interrégional allant des comptes passés et prévisionnels jusqu’aux matériels, il n’a pas permis de dégager un accord sur le financement du déficit. Que ce soit en négociant directement avec les régions ­ ou avec l’Etat et les régions depuis le printemps 2005 ­, la SNCF n’a pas obtenu le partage de la charge financière. Seule certitude, elle refuse de supporter seule le déficit et souhaite qu’il soit réparti à parts égales par les régions et l’Etat. Faute de quoi, a-t-elle prévenu, elle réduira sensiblement les dessertes sur les lignes en cause en décembre.

Pour l’entreprise ferroviaire, les mesures envisagées sont bien des réductions de dessertes et non des suppressions de lignes. "Il y aura effectivement des trains en moins sur certains axes , admet Vincent Maumy, directeur régional de la SNCF en Pays de la Loire. Mais il y aura, pour compenser, des trains de report dans une zone horaire proche, de l’ordre de la demi-heure."

Guilllaume Pepy, directeur général de la SNCF, a enfoncé un peu plus le clou, jeudi 4 août, sur France 2, en soulignant que "service public ne rime pas avec déficit". "Le devoir d’un service public, a-t-il poursuivi, c’est de bien utiliser l’argent que lui confient les clients et le contribuable. (...) Il faut que nous prenions nos responsabilités ; cela dit, rien n’est décidé, ce sont des projets, on va continuer à discuter."

Pour les présidents de région (21 sur 22 sont à gauche en métropole), la cause semble entendue. "La SNCF déraille", dénonce Philippe Duron, président (PS) de Basse-Normandie, dans un communiqué publié jeudi. "Que doit-on penser d’une entreprise à vocation publique qui va empêcher des salariés d’aller travailler, sur des territoires déjà fortement affectés par des difficultés économiques, ou des jeunes de se rendre sur le lieu de leurs études, des familles de se retrouver, le tout dans le seul souci d’afficher un meilleur bilan ?", demande-t-il.

Une indignation partagée par le vice-président (PCF) du conseil régional de Bretagne chargé des infrastructures de transports, Gérard Lahellec. "L’Etat et la SNCF considèrent qu’ils n’ont plus de mission d’aménagement du territoire. La mission de la SNCF aujourd’hui, c’est de gagner des sous, pour faire face à la concurrence, ce qui est très contestable", a-t-il déclaré.

Alain Rousset, à la fois président (PS) de la région Aquitaine et de l’ARF, ne décolère pas non plus : "Cela marque un nouveau désengagement de l’Etat, qui refuse d’assumer son rôle financier d’autorité organisatrice et les régions sont amenées à financer son désengagement. Mais, malheureusement, sur le plan des ressources, les régions sont sorties en lambeaux de la décentralisation."

Ce manque de moyens est d’autant plus criant, selon lui, qu’il faudrait 2 milliards d’euros pour rénover le matériel vieillissant des trains Corail, dont l’âge moyen est de 25 ans pour les voitures et de 35 ans pour les locomotives. "La paupérisation de l’Etat conduit à une décentralisation par défaut", estime-t-il. Le syndicat SUD-Rail, de son côté, demande à l’Etat de "prendre ses responsabilités et de donner à la SNCF les moyens d’assurer (...) un service public de qualité sur l’ensemble du territoire".

Il reste que l’économie réalisée sur ces trois premières liaisons (20,3 millions d’euros) ne représente, in fine, qu’un sixième du déficit affiché par les trains Corail. Ce qui laisse penser que ces trois premières réductions pourraient être suivies par d’autres.


0Sept liaisons génèrent 75 % du déficit0

Sur les 124 millions d’euros de déficit générés par les trains interrégionaux, 92 millions sont le fait de sept liaisons.

Paris-Bâle. 22 millions d’euros de chiffre d’affaires, 20 millions d’euros de perte.

Paris-Maubeuge. 20,3 millions d’euros de chiffre d’affaires, 16,8 millions d’euros de perte.

Paris-Amiens-Boulogne. 26 millions d’euros de chiffre d’affaires, 12,7 millions d’euros de perte.

Paris-Orléans-Tours. 33,4 millions d’euros de chiffre d’affaires, 12,2 millions d’euros de perte.

Toulouse-Bordeaux-Hendaye. 12,9 millions de chiffre d’affaires, 11,7 millions d’euros de perte.

Quimper-Bordeaux-Toulouse. 22,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, 10,1 millions d’euros de perte.

Bordeaux-Lyon. 7,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, 9 millions d’euros de perte.

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Le hall de la gare maritime de Cherbourg.



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