Suisse

Benedikt Weibel tire les leçons de la panne des CFF et reste en place

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Le rapport sur la méga-panne du 22 juin dénonce les carences de la gestion des risques de l’ex-régie. Il déclenche une polémique sur la fragilité de son réseau électrique.

Pourquoi deux mille trains et deux cent mille passagers sont-ils restés bloqués le 22 juin dernier dans toute la Suisse, à l’heure du retour du travail ? Parce que personne, aux CFF, n’avait songé à imaginer le pire. Au-delà des circonstances techniques qui ont conduit le réseau électrique des chemins de fer à s’effondrer totalement il y a deux mois (lire ci-dessous), le rapport produit par l’ex-régie indique clairement que l’absence du scénario d’une panne générale de courant dans la gestion des risques de l’entreprise a aggravé la crise qui se développait. Mais le dossier révèle aussi la fragilité potentielle du réseau électrique des CFF, sujet de polémique politique à un mois de l’examen parlementaire de la nouvelle loi sur l’approvisionnement en électricité.

Pourquoi n’a-t-on jamais pensé qu’une panne totale de courant était possible ? Directeur général des CFF, Benedikt Weibel répond que « le chef du secteur énergie n’a jamais mentionné cette hypothèse ». Depuis, chaque chef de secteur est donc tenu d’imaginer quel pourrait être l’événement le plus important qui engendrerait des conséquences sur tout le réseau. Une des mesures, parmi une vingtaine, qui doivent assurer qu’une panne de telle ampleur reste unique dans l’histoire des CFF.

Mais personne ne démissionnera. En préambule de la conférence de presse, Thierry Lalive d’Epinay, président du conseil d’administration des CFF, a réitéré sa « confiance totale dans la direction générale, justifiée une nouvelle fois par la gestion très professionnelle de la panne de courant », qui n’a pas causé mort d’homme et n’a occasionné « que » 5 millions de francs de surcoût. Venant appuyer les propos de Benedikt Weibel, il répétera que la faute (une carence dans la gestion des risques) est trop faible pour nécessiter un quelconque départ forcé. La « deuxième opinion » qu’une société indépendante à désigner devra produire servira à ausculter les questions techniques et à clarifier les responsabilités, pas à se substituer à des décisions de gestion.

Les parlementaires de la commission des transports et télécommunication (CTT) approuvent : « Une démission d’un chef ne résoudrait rien », affirme Otto Laubacher (UDC/LU), président de la CTT du Conseil national. Membre de la CTT des Etats, président du Syndicat des cheminots, Pierre-Alain Gentil (PS/JU) estime qu’en Suisse, on traite les choses différemment que « dans certaines républiques voisines ». Christian Levrat (PS/FR), membre de la CTT-N, renchérit : « L’erreur de gestion des risques est grossière, mais elle ne justifie pas des conséquences personnelles immédiates, d’autant qu’il serait dangereux de s’arrêter à une affaire de têtes, et de négliger l’essentiel. »

Et l’essentiel, pour ces politiciens spécialisés dans les transports, tourne autour de l’approvisionnement électrique des CFF, qui anticipent une augmentation de 25 % de leurs besoins d’ici à 2025. Même si, comme le relève le rapport, la panne du 22 juin n’est pas survenue en raison d’une défaillance en la matière. Mais la précarité du réseau à haute tension spécifique des chemins de fer a été percée à jour. « Le document rappelle que la décision de passer d’un réseau en étoile vers un réseau en boucle, beaucoup plus sûr, date de 1976, et qu’elle n’est toujours pas réalisée, s’étonne Otto Laubacher. Qu’a-t-il manqué ? De l’argent (ndlr : l’achèvement est devisé à 1,2 milliard) ? De la volonté politique ? Des autorisations plus simples et plus rapides ? » Une allusion aux recours des associations écologistes, que Benedikt Weibel se défend d’avoir voulu stigmatiser.

Pierre-Alain Gentil souhaite que cet incident majeur permette une redéfinition stratégique aux CFF, notamment contre la « division des entités, poussée à l’extrême », que pratique l’ex-régie, et qui conduirait à « une absence de vision globale ». Pour Christian Levrat, le rapport est surtout « accablant pour la stratégie énergétique des CFF, qui ont négligé la stabilité de leur approvisionnement en électricité. Sa sécurité doit être prioritaire, et la nouvelle loi que nous examinerons en septembre va à l’encontre de cette exigence ».

Le Département des transports veut désormais confier la surveillance de l’approvisionnement électrique des CFF à l’Office fédéral de l’énergie. Moritz Leuenberger veut aussi accélérer la réalisation des tronçons manquant du réseau (Yverdon-Chiètres, Nufenen, entre autres) à travers la constitution d’un groupe de coordination réunissant tous les acteurs concernés, protecteurs de l’environnement compris.


0Trois causes majeures en cascade0

La panne du 22 juin est due à un domino d’erreurs isolées, selon le rapport des CFF.

AUne information erronée sur la capacité temporaire d’une ligne à haute tension près du Gothard ; une mauvaise interprétation de la situation du réseau et des alarmes à la centrale de gestion électrique de Zollikofen ; et l’absence de scénario de panne totale. Voilà, très brièvement résumé, les trois causes majeures de la méga-panne du 22 juin.

1. Des données fausses. Entre Amsteg et Rotkreuz, en raison de travaux, une seule ligne est disponible en fin d’après-midi, ce 22 juin. Officiellement, elle a une capacité de 240 mégawatts. Or, sa capacité effective est de 211,1 MW. Du coup, avec une charge prévue de 170 MW (40 à 50 trains à pleine capacité), la réserve ne suffit plus pour absorber la marge de sécurité et des restitutions d’énergie générées par les trains à la descente sur le versant sud du Gothard. Une surcharge déclenche automatiquement la ligne à 17 h 08, et scinde le réseau en deux. Au sud, les turbines et les trains s’arrêtent. Au nord, tout continue de fonctionner.

2. Mauvaise évaluation. La capacité déficiente de 200 MW est remplacée automatiquement par l’augmentation de production des usines valaisannes, et l’adjonction de courant provenant des Deutsche Bahn. Du coup, le personnel de surveillance ne voit pas l’anomalie : il y a trop de courant sur le réseau nord, puisque l’échange avec le sud ne se fait plus.

3. Pas de scénario catastrophe. La centrale d’alarme de Zollikofen reçoit 18 000 alarmes en quelques minutes. Non hiérarchisées, elles ne permettent pas une identification des problèmes majeurs, comme la surcharge des couplages avec le réseau Deutsche Bahn. A 17 h 35, ceux-ci se déclenchent, entraînant l’effondrement du réseau dans le reste de la Suisse. Celui-ci sera reconstruit, dès 18 h 40, pas à pas, jusqu’à 21 h 15.

L’absence de scénario de panne totale a empêché les collaborateurs des CFF de prendre les décisions adéquates qui auraient permis d’atténuer les effets de la panne initiale, au lieu de les renforcer. Une vingtaine de mesures ont été décidées pour empêcher que cette crise historique ne se répèt



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