Après avoir été retenu parmi les projets d’infrastructures ferroviaires prioritaires (réseaux transeuropéens de transport/RTE-T), le projet EuroCap-Rail (Ligne à grande vitesse-LGV Bruxelles-Luxembourg-Strasbourg) est aujourd’hui mis à mal. Une étude de marché commandée par la SNCB et les Chemins de fer luxembourgeois, relative au potentiel de la ligne sur sa partie Bruxelles-Luxembourg en termes de voyageurs, est terminée.
Ses conclusions — dont nous avons eu connaissance — ne plaident pas pour la réalisation du projet. Pour les experts du bureau d’études bruxellois, Stratec (transports, aménagement du territoire, etc.), le gain de temps (40-42 minutes) n’est pas suffisant pour attirer des voyageurs (horizons étudiés : 2010-2020). Ce qui tendrait à dire que l’investissement, déjà très élevé (1,795 milliard d’euros), ne se justifie pas dans la mesure où l’objectif avoué ne sera pas atteint. « La mise à grande vitesse du tronçon Ciney-Libramont ne procure pas un gain de temps suffisant pour attirer un nombre substantiel de nouveaux voyageurs », conclut Stratec. Le bureau craint aussi un risque de détournement du trafic Bruxelles-Strasbourg via Lille et Paris une fois la LGV-est mise en service.
EuroCap-Rail se décompose en trois volets. Le premier vise une amélioration de la vitesse commerciale par des travaux d’extension de capacité permettant un gain de temps de 12 à 15 minutes. Coût : 366 millions d’euros. La deuxième étape suppose la construction d’une nouvelle LGV (300 km/h) entre Ciney et Libramont (665 millions) avec un gain de temps supplémentaire de 15 à 20 minutes.
Enfin, le projet EuroCap-Rail prévoit la construction d’une troisième voie entre Ottignies et Namur (200 km/h). Le coût supplémentaire est de 764 millions d’euros. Le programme complet (1,795 milliard d’euros) mettrait Luxembourg à 1h35 de Bruxelles contre actuellement 2 h 17. D’après Stratec, la seule clientèle qu’EuroCap-Rail pourrait attirer est celle du trafic business, laquelle serait relativement marginale. Il propose juste la modernisation de la ligne. Mais quid des retombées financières liées à la clientèle européenne allant à Strasbourg ? Pour observateurs, l’étude Stratec agrée la SNCB où le projet EuroCap-Rail n’a jamais eu le soutien escompté.
Lors de l’introduction du dossier à la Commission européenne, la Région wallonne avait fait faire des études concluantes. L’évaluation socio-économique et de la rentabilité du projet faisait alors état de recettes de 105 millions d’euros (33 millions en 2003). La fréquentation devait même être portée de 3,2 millions de voyageurs à 6,822 millions. EuroCap-Rail a d’ailleurs le soutien des autorités luxembourgeoises.
Contacté par nos soins, le ministre wallon des Transports, André Antoine (CDH) n’a pas caché son irritation devant les conclusions de l’étude. Il en conteste la méthodologie et se dit inquiet pour l’avenir du rail wallon.
03 questions à Andre Antoine, Ministre wallon des Transports (CDH)0
Que pensez-vous des conclusions de l’étude Stratec ?
Je n’en ai pas encore eu connaissance dans la totalité, mais je me demande comment en si peu de temps (2003-2005), une étude arrive à des conclusions différentes de celles que la Wallonie a mises en avant devant la Commission européenne. Nous n’avons pas été associés à la méthodologie, ni aux conclusions. La modernisation de la ligne est une première étape.
Qu’allez-vous faire maintenant ?
Je vais demander la totalité de l’étude et l’examiner. Après j’en ferai rapport au gouvernement en défendant nos arguments. Il n’est pas question que les Wallons se résignent et regardent les trains passer. Je crains qu’après avoir démoli Eurocap-Rail, on vienne douter des avantages de la modernisation de la ligne et la renvoyer aux calendes grecques en arguant l’absence d’argent. Il faut un groupe de travail sur l’étude Stratec, sans quoi, on ira en comité de concertation.
L’investissement paraît pourtant élevé...
Il faut tenir compte de tous les paramètres. Le fait qu’il y ait davantage de trafic sur les routes signifie qu’il y a une clientèle, mais que celle-ci préfère prendre la voiture notamment par faute d’offre ferroviaire attrayante. On peut se demander où nous serons à un moment donné, en terme de congestion, de limitation des vitesses et de prix du carburant. La non-réalisation des travaux sur cette ligne pénalisera également les Luxembourgeois. Par ailleurs, c’est la meilleure ligne wallonne, très fréquentée.